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Le Service national universel obligatoire pour tous les jeunes? "C'était cool et très intéressant"

Le Service national universel pourrait être généralisé par le président de la République, au début de cette année. Une réforme qui concernerait 800.000 jeunes par an, contre 32.000 volontaires l'an dernier. Réforme utile pour la cohésion nationale ou "colonie de vacances payée par l'État", le débat a agité le plateau d'"Estelle Midi" sur RMC.

Promesse de campagne du candidat Macron en 2017, le Service national universel a été mis en place de manière volontaire. Sauf que l'an dernier, ce "SNU" n'a rassemblé que 32.000 jeunes. Pas assez pour l'exécutif qui, selon plusieurs médias, chercherait à passer à la vitesse supérieure et à généraliser cette mesure, voire même rendre obligatoire une période donnée, pour 800.000 jeunes par an.

Aujourd'hui, le SNU se compose de 15 jours en présentiel en dehors du département d'origine, encadrés par des agents de la fonction publique, notamment de l'Éducation nationale détachés de leur poste habituel, des titulaires du BAFA ou d'anciens militaires, avec des séances d'activités physiques, des cours d'instruction civique et la découverte de la vie en collectivité et ses règles. Après ces deux semaines, il y a 84 heures d'intérêt général. En contrepartie, la formation pour le code du permis de conduire est financée par l'État.

"Tenue obligatoire, pas de téléphone"

Dans "Estelle Midi", sur RMC et RMC Story, Jérémie, auditeur père d'une jeune fille qui a volontairement fait son SNU l'année dernière, a expliqué qu'elle avait trouvé l'expérience "cool et très, très intéressante".

"C'était à Vendôme (Loir-et-Cher), tenue obligatoire, pas de téléphone, Marseillaise le matin, Marseillaise le soir. Il y a eu des rencontres avec tous les corps d'armée: pompiers, gendarmes, militaires…", raconte-t-il.

Le père de famille est plus mesuré sur les heures d'intérêt général, moins bien encadrées: "Elle a fait le choix d'aller aider les Restos du Cœur, mais elle n'a fait qu'emballer les cadeaux. J'aurais préféré qu'elle soit à aider les bénévoles et distribuer des repas. Dans le reste de ses heures, elle doit aussi faire du mentorat à distance pour un élève scolarisé au collège, pour l'aider pour le programme scolaire, ou lui apporter du soutien. Elle a aussi d'autres missions à faire pour les prochaines vacances". Pour Jérémie, "il y a assez de vacances scolaires où on pourrait leur faire ça, le fond est bon."

"Une ouverture d'esprit"

Autour de la table, Daniel Riolo défend un caractère obligatoire pour cette réforme: "Si tu es dans le volontariat, il y aura très peu de mixité sociale: 30% des engagés ont eu un militaire dans leur famille à un moment". Il demande juste à ce que la tranche d'âge très large, entre 15 et 25 ans, soit "mieux déterminée".

"Il y a quelque chose de positif dans une société de plus en plus fragmentée de parler à des jeunes des valeurs républicaines, qui sont en recul dans notre société, de la nation."

Faisant partie de la dernière génération à avoir fait le service militaire, Daniel Riolo explique qu'"on était tous réfractaires, mais tous les gens qui l'ont fait ressortent des aspects positifs de l'expérience". Pour lui, "si le débat revient, c'est qu'il y avait quelque chose de positif de cette mixité, de ce bouillon sociologique des origines qu'on a vécu pendant dix mois, où on a fréquenté des gens qu'on n'aurait pas rencontré ailleurs - et ne soyons pas dans l'illusion, que je n'ai pas fréquenté ni avant ni après - et ce mélange correspond à une ouverture d'esprit."

"Si ça devient obligatoire, ce n'est pas une petite réforme: ça va toucher des générations de jeunes. Même si c'est 15 jours."

"De l'enfumage"

De l'autre côté de la table, l'économiste Pierre Rondeau dénonce, selon les témoignages qui lui sont venus aux oreilles, "une colonie de vacances payée par l'État".

"Il y a une différence entre le discours de dire 'on va faire des cours d'éducation civique, républicaine' et le terrain où ce sont des chasses au trésor au parc Montsouris", estime-t-il.

Il a aussi "peur que le caractère obligatoire desserve la cause" et préférerait que l'argent investi dans cette mesure, entre 1 et 3 milliards d'euros, soit investi dans l'aide des jeunes en difficulté, alors qu'"'à l'université un jeune sur cinq vit sous le seuil de pauvreté et 30% de jeunes éprouvent des difficultés à se nourrir au quotidien".

Même son de cloche pour Yaël Mellul, ancienne avocate et présidente de l'association "Femme et libre", qui juge que la proposition de rendre obligatoire cette réforme est "de l'enfumage pour nous détourner de l'essentiel: la réforme des retraites". Elle estime que "le souci premier pour notre jeunesse, c'est la pauvreté" et que "si on a le budget pour ça, il faut le mettre ailleurs, très clairement".

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC