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Thérapies de conversion: "J'étais dégoûtée de moi-même, ces séances me brisaient", raconte Gaëlle

TEMOIGNAGE RMC - Exorcisme, violences physiques, thérapies psychiatriques… RMC a rencontré une rescapée des thérapies de conversion qui entendent combattre l'homosexualité.

La communauté LGBT+ défilait dans la rue samedi à Paris pour défendre ses droits pour la traditionnelle Marche des Fiertés (Gay Pride). Le slogan cette année: "Plus de droits, moins de blabla! trop de promesses, on régresse!". La promesse notamment de l’interdiction des thérapies de conversion notamment dans le viseur des associations.

Exorcisme, séquestration, violences physiques, gavage de films pornographiques, thérapies psychiatriques… Ces pratiques pseudo-scientifiques visent à réprimer l’homosexualité ou la transidentité des gays, lesbiennes, bi, trans. Ces thérapies de conversion ont été longtemps ignorées mais la parole se libère doucement en France pour alerter sur les dangers de ces pratiques d’un autre temps qui existent encore aujourd’hui.

Ces thérapies, Gaëlle les a subies à 18 ans, pendant 3 mois. Ses parents qui n’acceptaient pas qu’elle soit transgenre l’ont emmené se faire exorcisé de force devant un pasteur évangélique dans une église d'Île-de-France:

"Ils voulaient juste que je redevienne un garçon. Parfois ils posaient des mains sur ma tête pour chasser le démon de femme qui serait en moi. Le pasteur m'avait fait répété une phrase: 'Tu n'es pas une femme, tu ne seras jamais une femme'. J'ai complètement perdu pied, j'étais incapable de prononcer ces mots".

"Ce n'est pas parce qu'on dit qu'on va me changer que ça va marcher"

Les exorcismes se répètent chaque dimanche après la messe. Ils déclenchent des nausées le reste de la semaine qui entraînent échec scolaire, dépression: "J'étais dégoûtée de moi-même. Petit à petit, ces séances me brisaient"

Alors la jeune femme fugue. Mais 1 an et demi après, les prières du pasteur reviennent encore la hanter : "C'est non seulement une blessure mais qui est encore ouverte. Toute la descente aux enfers que je subis après c'est parti de là. Et ce n'est pas parce qu'on dit qu'on va me changer que ça va marcher".

"C'est juste inimaginable, comment on peut laisser faire ce genre de choses en 2021", déplore Gaëlle. Il n’y a "rien à guérir", répète le collectif de rescapés, dont elle fait partie, ils ne comprennent pas ce qu’attend le gouvernement interdire comme prévu ces pratiques. 

La députée de la majorité Laurence Vanceunebrock a déposé une proposition de loi en 2020, sans cesse repoussée, examen prévu à la fin du mandat. L’élue semble impuissante: "Je ne vous cache pas que je suis un peu exaspérée qu'on n'examine pas le projet de loi, rien que pour les victimes. Il est possible que ce texte passe à la trappe", s'inquiète l'élue.

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Nicolas Traino (avec Guillaume Dussourt)