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Atteintes sexuelles dans les transports: "Il faut porter plainte immédiatement"

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Selon une étude de l'Observatoire national de la délinquance, au moins 267.000 personnes, en majorité des femmes, ont été victimes d'atteintes sexuelles dans les transports de 2014 à 2015. En octobre dernier, Alice Millou, 25 ans, avait déjà alerté la RATP sur ce problème. Et lancé une pétition qui a recueilli plus de 55.000 signatures.

Alice Millou a lancé la pétition contre les "frotteurs" dans le métro.

"C'est une bonne chose que le problème des atteintes sexuelles dans les transports soit mis en lumière par une étude officielle. Après, ça fait des années que ça existe. C'est quelque chose qui aurait dû être mis en lumière depuis bien longtemps. Mais avec tout ce qui se passe en ce moment, ces remous autour du sexisme, du harcèlement sexuel, de la condition de la femme et de la culture du viol, ça ne m'étonne pas que d'une manière un peu opportuniste, ils aient profité de la conjoncture actuelle pour mettre en avant cette étude. Mais c'est une bonne chose!

J'avais lancé une pétition début octobre. J'étais sur un groupe Facebook de bons plans et j'ai vu pas mal de gens lancer des mises en garde contre agressions dans le métro. Des amis et des connaissances m'avaient aussi fait part de ce problème. Il y a eu bien sûr mon expérience personnelle: j'ai été victime de plusieurs 'frotteurs', je ne connaissais pas ce phénomène quand je suis arrivée à Paris il y un an et demi. La première fois, j'ai été très surprise, je n'ai pas su réagir comme il fallait. Et les deux fois d'après j'ai réagi assez violemment. J'ai lancé la pétition pour essayer de faire bouger les choses et réclamer une campagne d'affichage sur le sujet.

Les images des caméras de vidéosurveillance, seulement conservées 72 heures

J'ai été reçue par Anaïs Lançon, la directrice de la communication de la RATP. Ensemble, on a mis les choses à plat et soulevé d'autres problèmes. Par exemple, les images de caméras de surveillance ne sont conservées que 72 heures, pour eux, c'est compliqué de tout stocker, mais pour nous les victimes et gens qui se battent contre le harcèlement sexuel et les agressions dans les transports en commun, c'est peu. Quand on sait qu'une victime peut porter plainte jusqu'à 6 ans après, c'est un immense décalage avec ce délai de 72 heures pour les vidéos. On gagnerait à conserver des images un peu plus longtemps. Une campagne d'information verra le jour en mars prochain.

La plupart des détracteurs de cette pétition sont des gens qui considèrent que ces actes constituent des incivilités, et qu'il y a des panneaux pour ça. Mais ce ne sont pas des incivilités, ce sont des agressions sexuelles. On doit pouvoir informer les victimes qu'elles peuvent porter plainte et que les agresseurs risquent 5 ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.

Si tout le monde était informé de tout ça, ça se passerait mieux. Il y aura toujours des frotteurs, mais ça changerait la perception du frotteur, et ça changerait aussi la perception de la victime qui saura immédiatement quoi faire: composer le 31 17 ou envoyer un SMS au 31 177 avec sa localisation et le signalement de l'agresseur.

Il faut aussi porter plainte le plus vite possible et il ne faut pas que les victimes aient peur de le faire. J'aurais aimé avoir ces informations quand je me suis fait agresser dans le métro il y a 6 mois, car sur le coup, je n'avais pas su quoi faire".

Propos recueillis par Paulina Benavente