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Autoroutes: Bruno Le Maire a-t-il enterré un rapport préconisant de baisser le prix des péages?

Face à la rentabilité folle des concessionnaires d'autoroutes, l'Inspection générale des Finances préconisait dès février 2021 dans un rapport, d'agir pour faire baisser le prix de passage aux péages. Mais le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, aurait fait fi ce ces recommandations en 2021 selon Le Canard Enchaîné.

Bruno Le Maire a-t-il étouffé un rapport sur la rentabilité des autoroutes? C'est en tout cas ce qu'affirme Le Canard Enchaîné qui révèle que le ministre de l'Economie aurait eu accès en février 2021 à un rapport de l'Inspection générale des Finances (IGF). Dans ce rapport, l'IGF alerte sur "la rentabilité très supérieure à l'attendu" des gestionnaires des deux plus gros réseaux autoroutiers, "ce qui va contre le principe de rémunération raisonnable. Ainsi, cette rentabilité atteindrait les 12%, un chiffre supérieur aux 7,6% ciblés par l'Etat lors de la privatisation des autoroutes en 2006.

Pour contrebalancer ces supers-profits, l'IGF aurait à l'époque conseillé notamment une baisse drastique des tarifs des péages de plus de 50% dès 2022. Mais le ministre de l'Economie semble avoir fait fi des conseils des inspecteurs alors que les prix de passage aux péages doivent augmenter de 4,75% en moyenne au 1er février.

Un article qui fait grincer des dents dans les rangs de l'opposition. "Cet article pose de nombreuses questions. Nous demandons à voir ce rapport", appelle le député PS Boris Vallaud tandis que Marine Le Pen dénonce "la passivité complice de Bruno Le Maire".

"Les effectifs ont baissé, le tarif au kilomètre a augmenté"

De quoi relancer le débat sur la privatisation des autoroutes achevée par le gouvernement de Villepin en 2006 après avoir été lancé sous le gouvernement Jospin dès 1997. "On nous avait promis que les tarifs allaient être garantis. Mais il y a eu une opération traditionnelle de privatisation, les effectifs ont baissé, le tarif au kilomètre a augmenté", tacle ce jeudi sur RMC et RMC Story l'économiste Thomas Porcher qui appelle à récupérer les concessions.

"C’était une erreur, le libéralisme, la privatisation à tout prix, c’est une arnaque totale. On est en train de vendre nos bijoux de famille alors qu’on devrait les garder parce qu’il faut en être fier et que ça rapporte de l’argent", abonde Kevin Bossuet.

"Il faut absolument revoir ces contrats", plaide un sénateur sur RMC

"Ce rapport n’était pas destiné à être public mais il va complètement dans le sens de ce qu’on dit au Sénat", abonde sur le plateau des Grandes Gueules Vincent Delahaye, sénateur de l'Essonne et rapporteur de la Commission d'enquête sur la régulation des concessions autoroutières.

"Je ne suis pas pour une renationalisation parce que l’Etat gère assez mal tout ce qu'il gère. Par contre, il faut absolument revoir ces contrats conclus entre l’Etat et lui-même. Dans ces cas-là, on ne fait pas très attention. Les contrats sont très mal foutus et aujourd’hui on n’est pas assez rigoureux vis-à-vis des concessionnaires", appelle-t-il.

Des employés payés au SMIC

"On chiffre la surentabilité à plus de 30 milliards d'euros d'ici la fin des contrats. Il faut aller puiser dans ces 30 milliards. On doit aller négocier avec les sociétés concessionnaires" ajoute le sénateur qui appelle à ne plus augmenter les tarifs mais à ne pas les baisser pour ne pas favoriser l'utilisation de la voiture.

De leur côté, les employés des sociétés d'autoroutes assurent ne pas bénéficier de cette surentabilité: "On est payés au SMIC", explique aux "Grandes Gueules" Frédéric, agent autoroutier sur le réseau nord. "Le SMIC a été réévalué mais pas nos salaires parce qu'on fonctionne à l'indice et un à nombre de points un peu comme les fonctionnaires", ajoute-t-il laconique.

"On fait comme si l'Etat était bête. Il faut se demander s'il n'y a pas des histoires de corruption derrière", avance Thomas Porcher. Du côté de l'Inspection générale des services, on s'étonne que l'Etat ne soit pas plus prompte à se saisir du dossier: "Ce manque d'implication a de quoi surprendre alors que les concessions autoroutières touchent environ 11 milliards par an de péages", conclut l'IGF dans son rapport.

Guillaume Dussourt