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"C'est David contre Goliath": le combat des familles de victimes au procès du crash Rio-Paris

Le procès du crash du vol AF 447 Rio-Paris s'est ouvert ce lundi à Paris. Danièle Lamy, présidente de l'association de proches de victimes "Entraide et Solidarité AF447", invitée de RMC ce lundi matin, a détaillé ce que les familles des victimes attendaient de ce procès où Airbus et Air France sont jugés pour homicides involontaires.

Treize ans après la terrible catastrophe aérienne du vol AF 447 Rio-Paris, les familles des victimes vont-elles enfin avoir des réponses à leurs interrogations? Le procès d'Airbus et Air France, qui sont jugés pour homicides involontaires, a débuté ce lundi et durera jusqu'au 8 décembre, au tribunal correctionnel de Paris. Ce procès est rempli d'enjeux pour l'avionneur européen, la compagnie française, les familles des victimes mais aussi pour le transport aérien mondial.

Le 1er juin 2009, ce vol qui transportait 228 personnes a fini dans l'océan Atlantique, sans aucun survivant. L'avion s'est écrasé en pleine nuit, quelques heures après son décollage, entraînant la mort de ses 216 passagers et 12 membres d'équipage, la catastrophe la plus meurtrière de l'histoire d'Air France.

Les premiers débris de l'A330 ainsi que des corps ont été rapidement retrouvés mais l'épave et les boites noires n'ont été retrouvées que deux ans plus tard, repêchées à 3.900 mètres de profondeur après cinq phases de recherches sous-marines. Les investigations ont montré que les pilotes, désorientés par le givrage des sondes de vitesse Pitot dans la zone météorologique instable du Pot au noir, n'ont pu rattraper le décrochage de l'appareil, qui a eu lieu en moins de cinq minutes.

"La question qui obsède toutes les familles c'est: pourquoi l'accident n'a pas été évité"

Ces fameuses sondes ont toutes été changées sur tous les appareils à la suite de cette catastrophe. Selon Danièle Lamy, présidente de l'association de proches de victimes "Entraide et Solidarité AF447" et invitée de RMC ce lundi matin, ce changement est la preuve qu'il y a eu un échec.

"La question qui obsède toutes les familles c'est: pourquoi l'accident n'a pas été évité compte-tenu de la recrudescence exponentielle des incidents de givrage des sondes Pitot? Nous ne comprenons pas pourquoi Airbus a attendu que l'avion se crashe pour changer ses sondes. Depuis, aucun incident grave de givrage n'a été constaté", précise-t-elle. "C'est un aveu."

Après une succession d'expertises hautement techniques, les juges d'instruction ont prononcé un non-lieu en 2019. Le parquet, les proches de victimes et les syndicats de pilotes ont fait appel et, en 2021, la chambre de l'instruction a tranché en sens inverse, ordonnant un procès pour les deux entreprises. Les familles de victimes attendent ainsi beaucoup de ce procès confirme Danièle Lamy.

"Ce procès doit permettre de respecter la mémoire des 228 victimes innocentes. Que les familles sachent que leur sacrifice ne sera pas vain. Ce procès va aussi permettre de donner la parole aux parties civiles pour qu'elles puissent exprimer leurs souffrances qu'elles vivent depuis 13 ans. Le procès doit faire la lumière sur l'enchaînement tragique de ces défaillances qui ont conduit au crash."

"On a bien conscience d'affronter deux entités majeures de l'économie française, c'est à dire David contre Goliath"

Danièle Lamy veut surtout des sanctions fermes. "Le procès doit permettre de dégager et sanctionner les négligences avérées d'Airbus et Air France. Les familles de victimes attendent surtout un jugement exemplaire, ferme, afin qu'une telle catastrophe ne se reproduise pas. On a surtout eu le sentiment qu'Airbus n'assumait pas."

Si elle se "satisfait" d'avoir ce procès, cela va tout de même rouvrir, une nouvelle fois, les plaies de cet incident tragique.

"On va revivre des moments douloureux, avec angoisse et fébrilité car on a bien conscience d'affronter deux entités majeures de l'économie française, c'est à dire David contre Goliath."

Danièle Lamy a également apporté du soutien aux pilotes de l'infameux vol, qui font partie des victimes et non des accusés. "Ce n'est pas le procès des pilotes, nous considérons que ce sont des victimes au même titre que les passgers. Jamais ils n'auraient dû se retrouver dans cette situation", juge-t-elle.

Le constructeur européen et la compagnie aérienne française encourent chacun une peine de 225.000 euros d'amende.

J.A.