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"Ça fait huit mois que je suis là et on essaye tous les jours": à Calais, le quotidien des migrants qui tentent de passer la Manche

"RMC CHEZ VOUS" -  Des reporters de RMC ont assisté à une tentative d'intrusion d'un groupe de migrants dans des camions. Ils racontent.

Nos reporters ont passé toute la semaine dans le Pas-de-Calais pour vous expliquer la situation difficile des migrants sur place? En début de semaine, on vous parlait des traversées par bateau, ces personnes exilées qui payent des milliers d’euros à des passeurs pour traverser la manche et tenter de rejoindre l’Angleterre.

Mais avec l’arrivée de l’hiver et du mauvais temps, aujourd’hui, ce sont les tentatives de traversées par la route qui inquiètent les autorités. On devrait en voir de plus en plus dans les prochaines semaines.

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Florian Chevallay, journaliste RMC, a d’ailleurs été le témoin d’une scène assez marquante, une tentative d'intrusion d'un groupe de migrants dans des camions.

"C’est arrivé sous nos yeux. On était en voiture sur la rocade qui est entourée depuis des années par un grillage de 5 mètres de haut et des barbelés. On a pris la sortie à proximité du port de Calais et à ce moment-là, un groupe d’une dizaine de migrants est passé à côté de nous en courant. Ils ont traversé l’autoroute pour foncer en direction des camions qui roulaient au pas, car il y avait beaucoup de trafic à ce moment-là pour rentrer dans le port. Ca nous a vraiment marqué. Ces hommes tentaient d’ouvrir les portes des camions qui étaient quand même en train de rouler. L’un d’entre eux a réussi à sauter à l’intérieur. À côté, les agents semblaient complètement dépassés. À ce moment-là, des CRS sont arrivés, les migrants ont fait demi-tour", raconte-t-il. 

Ils ont réussi à les rattraper un peu plus loin et ont parlé à Jibi, qui vient d'Érythrée.

“On essaye de monter dans les camions pour traverser parce qu’on a pas assez d’argent pour payer les passeurs. Il y a des CRS, on essaye de se cacher d’eux pour monter dans les remorques. À partir de maintenant, la météo sera mauvaise donc on va être plus nombreux à essayer. Ça fait huit mois que je suis là et on essaye tous les jours, mais on échoue, on échoue, on échoue. Mais un jour, on va y arriver”, confie-t-il.

Comment réagissent les routiers?

On s’est rendu dans une entreprise de transport à l’Est de Calais. Le patron, Jean-Pierre Devigne et plusieurs de ses chauffeurs qui sont confrontés au problème depuis des années.

“Ca va faire un peu plus de 15 ans que je fais la route et moi, j’en ai un qui a réussi à grimper dans ma remorque. On est sur le qui-vive en permanence, on regarde à gauche à droite, on ne fait que ça. C’est surtout quand on part de nuit où là, on a la boule au ventre de se dire, est-ce qu’il n'y en a pas un ou deux qui vont réussir à monter dans le camion et puis après, on se fait choper. Le problème, c’est qu’on ne peut pas systématiquement s’en rendre compte. Il faudrait quasiment avoir deux yeux à gauche et deux yeux à droite.

Alors il faut savoir que lorsqu’un chauffeur est victime de ce type d'événements, même s'il y a dégradation du véhicule ou de la marchandise son entreprise ne porte quasiment jamais plainte. Ils nous disent que ça ne sert à rien. Ils demandent donc aujourd’hui d’être mieux protégés par la justice. Et surtout une présence policière plus importante pour sécuriser la rocade. 

Florian Chevallay avec Guillaume Descours