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Comment un logiciel "magique" a permis aux constructeurs auto de gonfler les prix des pièces détachées

Yann Philippin, journaliste à Mediapart explique le subterfuge qui permet aux marques de gonfler leurs marges. Une pratique qui a conduit la Commission européenne à ouvrir une enquête.

Y-a-t-il entente entre les constructeurs automobiles sur les prix des pièces détachées ? Ce scandale révélé par Mediapart en mai 2018 est de nouveau d’actualité. Car à la suite de cette enquête la Commission européenne a ouvert à son tour la semaine dernière une enquête officielle pour déterminer si oui ou non il y a eu entente.

Yann Philippin, journaliste à Mediapart, invité de Votre auto ce dimanche sur RMC (voir vidéo ci-dessus) est revenu en longueur sur les documents qu'il a publié montrant une technique douteuse de gonflage des prix sur le dos des consommateurs.

"Ils se sont dit: 'On va mettre le prix du moins cher au même prix que le plus cher'"

"Ce qu’on a découvert c’est qu’il y a un très grand cabinet de conseil qui s’appelle Accenture qui a racheté un logiciel miracle qui permet d’augmenter les prix sans que le consommateur ne s’en rende compte. Ils ont commencé avec Renault dans les années 2000, ils ont pris toutes les pièces détachées de Renault, ils les ont analysées et mis leurs caractéristiques dans une énorme base de données.
Et ensuite ils se disent, sur les pièces qui se ressemblent, 'on va mettre le prix de la moins chère au prix de la plus chère'. Le consommateur se rend donc compte de rien et trouve normal qu’entre différentes pièces le prix soit le même. Pour Renault et PSA qui sont les deux premiers clients de ce logiciel, ils ont augmenté les prix de 15% grâce à cela." 

Si PSA et Renault ne souhaitent pas s’exprimer officiellement sur le sujet pour l’instant, ils se défendent en estimant que les normes sont de plus en plus sévères ce qui oblige à dépenser plus d’argent sur les confection de pièces. Une explication qui ne convainc absolument pas Yann Philippin.

Exemple édifiant: le rétro de Clio 3, acheté 10 euros et revendu 79 euros à la fin des années 2000... puis 165 euros

“Ca c’est totalement faux car on a une démarche totalement voulue d’augmenter le prix de toutes les pièces y compris les vieilles”, explique-t-il.

Un exemple accablant selon lui: un rétroviseur de Clio 3 est acheté 10 euros par Renault et revendu 79 euros à la fin des années 2000. Après le logiciel “magique” il était vendu 165 euros.

Autre exemple avancé par le journaliste de Mediapart: le capteur de pédale d’accélérateur. Ca coûte 12,60 euros, il était vendu 50 euros pour la Mégane, et 110 euros pour l’Espace. Alors que c’est quasiment la même pièce qui coûte quasiment le même prix. 

"Ils se sont dit, ce capteur on va le mettre au même prix : du coup il est passé à 112 euros comme ça en un claquement de doigts."
James Abbott avec Votre Auto