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Explosion sur le Dakar: pourquoi le parquet antiterroriste a ouvert une enquête

Le parquet antiterroriste a ouvert une enquête après l’explosion qui a grièvement blessé un pilote français sur le rallye Dakar, en Arabie saoudite.

Le Dakar a-t-il été visé par un attentat? Une enquête a été ouverte mardi soir pour tentative d’assassinat terroriste, après l'explosion d'un véhicule qui avait été annoncée comme accidentelle initialement.

Les faits ont eu lieu jeudi dernier à Djedda, en Arabie saoudite. Nous étions à deux jours du départ du rallye. Six pilotes français prennent place dans un 4x4 pour rejoindre leurs voitures qui sont dans un parc fermé, à l'extérieur de la ville.

Ils parcourent à peine 100 mètres lorsque survient une grosse explosion. Le conducteur est grièvement blessé aux jambes. Il s’agit de Philippe Boutron, 61 ans, président du club de foot d'Orléans, qui s’apprêtait à participer à son 9e Dakar. Il a depuis été rapatrié et il est actuellement soigné à l'hôpital militaire de Percy, près de Paris. Les cinq autres passagers ont été très choqués mais pas blessés.

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"On a caché la vérité à la famille du blessé pendant trois jours"

Après l’explosion, la direction de la course a demandé à l’équipe propriétaire de la voiture de garder le silence. C’est l'attachée de presse de cette équipe, Marie-France Estenave, qui l’a raconté sur France 3:

"L’organisation du Dakar a demandé à chacun de garder le silence sur la piste de l’attentat jusqu’au départ, le 1er janvier. (...) On a caché la vérité à la famille du blessé pendant trois jours. J’ai eu beaucoup de mal à l'accepter..."

Un des témoins, le pilote Thierry Richard, a pourtant expliqué qu’il n’avait eu aucun doute. "On n’est pas bêtes", a-t-il dit. "On sait reconnaître une déflagration", c'est-à-dire faire la différence entre une bombe et un moteur qui explose accidentellement. En l'occurrence, la bombe avait été placée sous le châssis du 4x4.

Voilà pourquoi personne n'a entendu parler de cette affaire initialement. Les témoins ont respecté jusqu'au départ de la course la consigne de silence. Consigne donc de la direction de la course, c'est-à-dire l’organisation française ASO, organisatrice aussi du Tour de France. 

Le directeur du Dakar, David Castera, a expliqué aux protagonistes qu’il ne voulait pas créer un moment de panique en évoquant un attentat avant que l'on en soit sûr. Et samedi matin, les concurrents du Dakar ont donc pris le départ sans savoir ce qui s'était passé.

Les autorités saoudiennes ont aussi tout fait pour cacher l'événement

Encore aujourd’hui, elles affirment qu’il s’agit d’un accident. Il faut dire que pour Ryad, c’est une catastrophe. Le royaume saoudien est très investi dans l‘organisation du Dakar et d'un Grand Prix de Formule 1, justement pour démontrer que le pays est sûr et que le terrorisme a été éradiqué.

Pour faire oublier les centaines d'attentats des années 2010 et que Daesh et Al-Qaïda sont présents dans le pays. Pour faire oublier que le 11 septembre est l'œuvre de terroristes saoudiens, faire oublier que Ben Laden était saoudien. Faire oublier aussi que l’on parle d’un des pays les plus rétrogrades du monde.

Un pays où les femmes n'avaient pas le droit de conduire il y a peu

On peut se demander si c’est une bonne idée d’organiser le Dakar dans ce pays, d’organiser une course automobile dans un pays où il y a trois ans encore, les femmes n’avait pas le droit de conduire. Un droit qui a été obtenu de haute lutte par une militante féministe extraordinairement courageuse. Loujain Al-Hathloul. Une jeune femme de 31 ans qui a en partie grandi à Toulon. Elle a été emprisonnée à plusieurs reprises pour avoir tout simplement conduit.

Et lorsque finalement les femmes ont eu le droit de passer le permis en 2018, elle est restée en prison. En 2019, on lui a proposé de sortir à condition qu’elle certifie n’avoir pas été torturée. Elle a refusé. Parce qu’elle avait été torturée. Et c'est finalement il y a quelques mois seulement qu'elle a pu sortir, avec une interdiction de quitter le pays.

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)