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Faut-il une taxe pour tous les poids lourds? Ça fait débat sur RMC

Ce vendredi matin, RMC se penche sur une de vos propositions de lois: la mise en place d'une vignette pour tous les poids lourds. Cinq ans après avoir enterré l'écotaxe, le gouvernement y songe sérieusement.

Il n’est pas question de remettre en place des portiques, mais l’idée d’une taxe poids lourds fait bien son chemin. Elle devait d’ailleurs être adoptée à l’automne dernier dans la loi mobilité. Mais elle a été reportée de peur que les transporteurs routiers ne s’associent à la colère des "gilets jaunes".

Et c’est tant mieux pour Jean-Marc Rivera, secrétaire général de l’Organisation des transporteurs routiers européens:

"Taxer le poids lourd ne va absolument rien changer aux comportements ou aux modes de circulation des marchandises. L'application d'un système utilisateur-payeur n'est pas la bonne. Il nous faut réfléchir à un autre principe: celui du pollueur-payeur. Agir sur celui qui commande de transport car c'est bien lui qui choisit le mode de transport entre la route, le rail, le fleuve ou l'avion. Finalement si on n'agit pas sur le donneur d'ordre, on n'agira pas sur les comportements et on n'arrivera pas à avoir des mesures environnementales fortes".

"Faire évoluer le matériel"

Malheureusement pour Jean-Marc Rivera, l’idée du gouvernement n’est pas de taxer les donneurs d’ordres, mais bien les transporteurs routiers, au même titre que le transport fluvial ou ferroviaire est taxé. Objectif: lever au moins 500 millions d’euros par an pour financer la rénovation des routes. Tous les camions, français et étrangers, seraient soumis à cette taxe. Mais pour ménager les camions français qui font le plein en France, les montants de la TICPE, l’une des taxes sur le carburant, seraient déductibles de cette nouvelle taxe poids-lourds. Un bon compromis pour Daniel Ibanez, chargé des questions transports à l’association Les Amis de la Terre:

"Il faut prendre le mal à la racine, c'est-à-dire ne pas transporter n'importe quoi n'importe où. Il faut aussi faire évoluer le matériel. Et la troisième chose, c'est qu'il peut y avoir des taxes mais ces taxes doivent être prises en compte dans leur fléchage pour qu'elles aillent vers les transports en commun, vers la santé publique, vers l'environnement et ne doivent pas amputer le pouvoir d'achat des ménages qui sont les plus précaires".

Cette taxe poids-lourds existe déjà chez la plupart de nos voisins. La Suisse a été pionnière dès 2001, avec l'écotaxe, des portiques le long des routes et boitiers dans la cabine. Même chose en Autriche, Allemagne, Slovaquie, Belgique, Portugal, Grande-Bretagne et République tchèque. Dès que vous passez le portique, le boitier tourne comme un compteur de taxi et calcule selon le principe du pollueur payeur: plus votre moteur pollue, plus vous payez cher du kilomètre. Un système qui incite à acheter des camions plus propres.

Au Danemark, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Suède, là c’est l’eurovignette, accolée au pare-brise. Son montant est calculé en fonction des émissions polluantes et du nombre d’essieux du poids-lourds. C'est d'ailleurs ce vers quoi tend la France.

Matthieu Rouault