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Fin des radars, modification de nos routes: ce qu'il faut retenir du rapport choc de la Cour des Comptes

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image d'illustration - Fred Dufour - AFP

Les radars fonctionnent mais les multiplier ne sert à rien, assure la cour des comptes. Il faut au contraire s'inspirer des modèles nordiques et renforcer la qualité des routes et des équipements. Mais pour le porte-parole de l'association 40 millions d'automobilistes, le gouvernement privilégie l'écologie et les zones à faibles émissions au détriment de la sécurité des conducteurs.

Un nouveau rapport de la Cour des comptes épingle la politique française en matière de sécurité routière. Publié jeudi, le rapport évoque notamment les radars qui, s'ils fonctionnent bien, ne suffisent plus alors que le nombre de décès annuel stagne et que la France est passé en 10 ans de la 7ème à la 14ème place en terme de sécurité routière au sein de l'Union européenne. Conséquence, la Cour des comptes recommande de revoir le modèle de sécurité routière du pays alors que l'on recense environ 3500 morts chaque année.

"Je bois du petit-lait, cela fait maintenant 9 ans que je passe pour un imbécile lorsque je dis qu’il est temps de changer de modèle de sécurité", jubile ce vendredi sur RMC Pierre Chasseray, directeur général et porte-parole de l’association de 40 millions d’automobilistes:

"Les radars, ça flash mais ça ne fonctionne plus. Il n’y a plus de baisse structurelle des chiffres de la sécurité routière. On est le seul pays à sanctionner les excès de vitesse par un retrait de point et une amende. Et on est le 14e pays européen en terme de sécurité routière", ajoute-t-il.

Pour accélérer la baisse de la mortalité sur les routes, la Cour des comptes préconise notamment de s'inspirer du "modèle sûr" en vigueur en Suède et aux Pays-Bas. Sur le plan général, il s'agit de ne plus penser les conducteurs de véhicules comme seuls responsables en cause en cas d'accident grave ou mortel. Dans ce nouveau système, le gestionnaire de l'infrastructure et le constructeur du véhicule auront aussi une responsabilité à jouer.

Concrètement, la Cour des comptes propose donc de garder le parc de radars en l'état, et de mettre désormais les moyens nécessaires pour sécuriser les routes françaises, en installant par exemple systématiquement des séparateurs centraux sur les segments bidirectionnelles, ou en retirant certains obstacles latéraux dangereux, comme les arbres.

"L'argent est réinvesti pour encore plus de radars alors qu'on pourrait davantage réinvestir cet argent dans l'entretien des routes"

Un avis partagé par plusieurs usagers de la route:

"Il faut brider les moteurs, ça sert à quoi d'avoir des moteurs qui vont jusqu'240 km/h si c'est limité à 130", s'interroge au micro de RMC David, qui se déplace en scooter. "Cela peut-être utile d'avoir moins d'arbres. C'est embêtant de couper des arbres pour une certaine sécurité mais s'il faut le faire pour la sécurité, alors faisons-le", insiste-t-il.

Mais pas la peine pour autant de tronçonner des arbres sur le bord des routes, défend Pierre Chasseray qui plaide pour l'installation de glissière de sécurité pour pouvoir protéger les routes françaises, "les plus jolies et que tout le monde nous envie".

Et ce n'est pas une faute de moyen plaide Rémy Josseaume, président de l'Automobile club des Avocats: "Les moyens ont les a déjà puisque les radars automatiques rapportent déjà énormément d'argent. La réalité c'est que cet argent est réinvesti pour encore plus de radars alors qu'on pourrait davantage réinvestir cet argent dans l'entretien des routes", déplore-t-il.

Pour Pierre Chasseray, c'est un problème de politique écologique: "Cela coûte sept fois moins cher de faire quelque chose que de ne rien faire. En attendant, l'état des routes se dégrade".

"On n'investit plus"

"Cela coûte sept fois moins cher que si on attend et qu'on ne fait rien. La France était la championne du monde de l'état des routes et aujourd'hui il se dégrade parce qu'on n'investit plus et que cela ne fait pas bien la route, il faut parler de Zones à faible émission quand on est politique pour se donner l'air malin et donner l'impression qu'on va dans le sens de l'opinion public", assure Pierre Chasseray.

Car 44 zones à faible émission, doivent voir le jour d'ici deux ans. À l'intérieur de ces zones, seuls les véhicules les moins polluants pourront circuler. Et Pierre Chasseray craint que cette décision ne déclenche un grand mouvement de protestation

"J'ai été auditionné lors d'une audition flash à l'Assemblée nationale au sujet des Zones à faible émission (ZFE), j'ai expliqué à la rapporteuse que si l'on 'confinait' 56% des automobilistes français en les empêchant de circuler, ce serait "gilets jaunes" puissance 10. Les Français sont sortis pour 3 centimes de plus sur les carburants, vous imaginez si on les prive de leur voiture? On était d'accord avec la rapporteuse mais quand le rapport est tombé, il était différent, le ministère était passé par là. On imaginait des radars supplémentaires pour venir sanctionner plus lourdement", déplore Pierre Chasseray.

Mais ce rapport de la Cour des comptes, qui va dans le sens des automobilistes et de l'association 40 millions d’automobilistes, pourrait rabattre les cartes. En cas de changement de politique de sécurité routière comme voulu par le rapport, il faudrait quand même plusieurs années pour en voir les effets.

Benoît Ballet, Martin Bourdin et Guillaume Dussourt