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Les conducteurs de métro face à la pollution: "c'est un travail comparable à la mine"

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L'air du métro à Paris est nettement plus pollué que celui de l'extérieur. Les relevés de la RATP, qui mesure la qualité de l'air dans les stations Franklin Roosevelt, Châtelet et Auber, indique une forte exposition aux particules fines. Abdelazziz Hammad (Sud RATP) a conduit pendant 10 ans un métro de la Ligne 13. Il dénonce une situation sanitaire alarmante.

Abdelaziz Hammad est délégué syndical chez Sud RATP. Il a été conducteur sur la ligne 13 du métro pendant 10 ans. Il est désormais conducteur de RER.

"J'ai été conducteur de métro sur la ligne 13 pendant 10 ans. J'avais conscience de cette pollution ambiante. On la sentait dans notre respiration et surtout dans nos déjections. Quand on se nettoyait le nez, on avait une noirceur qui ressortait. Sachant que nous sommes conducteurs 6h30 quotidiennement. Et sur la ligne 13, on est à 96% sous les tunnels. Il n'y a deux parties aériennes, et sous terre, on a bien conscience de toute la pollution émanant des gaz d'échappement qui redescend.

Mais il y a aussi la pollution inhérente à l'activité du métro, comme les frottements rail-roue et les résidus de freinage. Les collègues sont inquiets, parce que les conducteurs sont directement exposés, puisqu'ils sont au-dessus des rails. On est dans la zone de concentration la plus proche de la pollution. Mais il y a aussi les agents des gares et des stations. Par définition, ils sont sous tunnel aussi. Il y a eu plusieurs arrêts pour des maladies respiratoires, des non-fumeurs qui ont déclaré des cancers au niveau des cloisons nasales.

"Il y a des conducteurs qui font tout pour aller sur des lignes aériennes"

C'est un problème sanitaire de l'ordre de l'amiante. Il suffit de faire un prélèvement des poussières qui se déposent sur les installations, de voir leur teneur, on constatera qu'il y a des micro-poussières d'acier, d'amiante en plus des particules fines issues des gaz d'échappement… Certains conducteurs ont exprimé le souhait de porter un équipement de protection, comme un masque respiratoire. Ils se sont heurtés à la forte opposition de la direction. Elle ne voulait pas que les voyageurs voient les conducteurs arriver avec un masque sur le visage.

Est-ce que c'est comparable au travail à la mine? Oui. On a des rails. Du ballast. Des plaquettes de frein. Et on a en plus la pollution aérienne. Ce sont des conditions similaires. La pollution est devenue l'une des premières motivations pour passer sur une ligne aérienne ou sur le RER, qui est plus souvent aérien. Même si ça les éloigne de leur domicile et qu'ils ne gagnent pas forcément plus, ils veulent protéger leur santé. Quand je suis sur les parties extérieures, je respire à plein nez, c'est un vrai bonheur. Il y a des conducteurs qui font tout pour aller sur des lignes aériennes, la ligne 2 et la ligne 6. Les mutations sur cette ligne sont bien plus nombreuses que sur les autres. En général, les conducteurs qui y sont, ils y restent. Y aller c'est une manière de s'épargner".

"La RATP est engagée pour la qualité de l'air"

Contactée, la RATP renvoie vers un article de son site où elle explique être "engagée pour la qualité de l'air". Elle indique que celle-ci est "est globalement bonne" dans "les espaces souterrains". La pollution particulaire s'explique selon elle par les systèmes de freinage roulant, "un phénomène constaté dans tous les réseaux ferroviaires du monde". Cette pollution, la RATP estime la combattre en généralisant "sur ses nouveaux trains le freinage électrique". Elle fait savoir qu'un premier plan de renouvellement des ventilateurs de tunnel de 95 millions d'euros s'est déroulé entre 2004 et 2015. Un 2e de 45 millions d'euros a débuté en 2016 et s'étendra jusqu'en 2020. Enfin, la RATP assure qu'une "étude épidémiologique (…) réalisée sous l'égide de l'INRS ne montre aucune augmentation de la prévalence des symptômes respiratoires et cardiovasculaires chez les agents de la RATP travaillant en souterrain".

Propos recueillis par Antoine Maes