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Marseille veut enrayer la fraude dans les transports en baissant les tarifs: "Certains ne paieront jamais"

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C'est une méthode qui va déconcerter les détenteurs d'un pass Navigo. Pour lutter contre la fraude, la régie des transports marseillais (RTM) a décidé de… baisser ses tarifs. Les nouveaux abonnements, à 9,90 euros par mois, s'appliquent aux jeunes et aux boursiers. Une façon de "réduire au maximum la tentation de frauder". Contrôleur à Marseille et membre du syndicat FO-RTM, Cédric témoigne pour RMC.fr.

Cédric est "vérificateur" depuis 2007 dans la cité phocéenne. Il a également été trois ans conducteur. Aujourd'hui contrôleur détaché, il est secrétaire du syndicat FO-RTM. 

"La modification des tarifs des abonnements constitue plutôt un acte commercial. La RTM dit qu'elle perd 23 millions d'euros par an en raison de la fraude. Et ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Croit-elle vraiment réduire sensiblement la fraude en baissant les tarifs de 5 euros? 

Que le tarif soit de 9,90 euros ou de 14,90 euros, la personne qui n'a pas d'argent, elle n'a pas d'argent. Quant aux fraudeurs-type, ceux qui refusent de toute façon de payer, ils ne paieront jamais. La seule répercussion sera peut-être de faciliter l'accès à ceux qui ont moins.

Cet argent en moins, c'est aussi de l'argent qu'on n'a pas pour améliorer nos conditions de travail.

"On nous menace au couteau"

Derrière la fraude, il y a un problème de comportement. Si certaines personnes en infraction réagissent calmement, d'autres forcent les barrages. Il y a peu, lors d'une opération dans le métro en centre-ville, un usager qui n'avait pas de titre s'est dirigé vers le personnel féminin, pensant que ce serait plus facile. Il les a bousculées et pris la fuite en courant. C'est très commun.

Par moments, c'est le Far West. A Marseille, il y a eu maintes fois des tirs sur les bus, ou même sur le tramway, au niveau de la vitre des chauffeurs. Lors des contrôles aléatoires, on nous menace parfois au couteau. Cela arrive autant à nous qu'aux chauffeurs. Ils subissent aussi des menaces de mort, des crachats... C'est le lot des deux métiers.

La fraude a toujours été là. Il y a de plus en plus un manque flagrant de respect et d'incivilité. Les plus jeunes deviennent plus violents. On bascule tout de suite dans des échanges de mots virulents, qui finissent trop souvent corporellement. Quand on reçoit un coup, on lance un appel de détresse, et le commissariat envoie un équipage.

"La fraude est en partie culturelle"

On constate que le profil des fraudeurs évolue. Avant, c'était limité à certaine tranche d'âge. C'est fini. Même des personnes âgées vont peut-être frauder parce qu'elles voient toutes l'année des gens qui montent et descendent sans payer. Pourquoi payer, alors? 

Je pense que les raisons de la fraude sont en partie culturelles. Souvent, de jeunes hommes, même en ayant un abonnement, veulent montrer qu'ils sont un peu rebelles. Il y a une culture jeune, de la frime. D'autres ont la flemme d'acheter le ticket ou, par jeu, veulent raconter qu'ils ont réussi à contourner… Certains bien sûr, n'ont pas la capacité financière de payer, et il faut en tenir compte.

"Il n'y a pas de loi dans la détection des fraudes"

Il n'y a pas de loi dans la détection des fraudes. Parfois, aux heures de pointe, à tel endroit, on établit une grande quantité de PV. Et parfois, au même endroit et à la même, pas un seul fraudeur. Il m'arrive de contrôler 100 personnes dans la journée. Et je mettrai 15, 20 voire 50 PV. Parfois, on met 50 PV en deux bus. Et certains jours, rien. 

On essaie d'aller partout, au maximum. Mais dans les endroits où même la police ne va pas, on n'y va pas non plus. On prend le bus un peu en amont de la zone, pour quand même effectuer le contrôle et ne pas abandonner la ligne. Une fois qu'on déserte la zone, on n'y revient plus. Et alors il y a forcément de la casse.

"C'est notre présence qui dissuadera les fraudeurs"

Contrairement à ce que dit la direction, on pense que c'est la présence ciblée de contrôleurs qui dissuadera les fraudeurs. La dissuasion évite les conflits. Lorsque l'on est posté à l'entrée d'un bus, les usagers sont obligés de passer en payant, ou de renoncer. On ne dresse pas de PV: on l'oblige à prendre un titre. Et là, c'est gagné.

On préconise en quelque sorte d'essouffler les fraudeurs. S'il nous voit à l'entrée d'un moyen de transport, il calcule, se dit que soit il attend le prochain, soit il marche, il peut être en retard… Et par dépit, il prend un ticket".

Propos recueillis par Paul Conge