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Maison d'arrêt de Fleury-Mérogis: la galère des proches des détenus privés de bus

Les proches et les personnels pénitentiaires doivent donc marcher 20 minutes pour rejoindre le prochain arrêt, quand jusqu'à début septembre le bus s'arrêtait juste devant le centre pénitentiaire.

La galère des proches de détenus de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, dans l'Essonne. Depuis la rentrée, l'arrêt de bus de la principale ligne desservant la prison est fermée.

Un bus, un RER et encore un bus. Depuis que son frère est incarcéré à Fleury-Mérogis, Vanessa est une habituée des longs trajets en transports. Mais samedi matin, en se rendant au parloir, la jeune femme et sa mère ont eu une mauvaise surprise : le bus DM05 ne suit pas le parcours habituel. 

“Je me suis levée, je suis allée voir le conducteur, je lui ai demandé s’il n’allait pas à la maison d’arrêt. Il m’a répondu que non, il n’allait plus à la maison d’arrêt, qu’il fallait que je descende à cet arrêt et que je marche 5 minutes. J’ai mis l’adresse sur le GPS et ça m’a indiqué 24 minutes”, explique-t-elle. 

24 minutes de marche, c'est trop pour la mère de Vanessa, affaiblie physiquement. Elles ont donc fait du stop pour être à l'heure au parloir. Une situation que la jeune femme trouve inadmissible. “Ce n’est pas juste. Nous tous, on est courageux, mais moi, je n’accepte pas ça. Je suis désolé, mais on ne peut pas punir les familles”, ajoute-t-elle. 

Après le parloir, il faut faire le trajet en sens inverse. Kimberly est venue rendre visite à son compagnon et elle doit maintenant aller travailler. Emmitouflée dans son blouson pour affronter le vent, Kimberly entame donc une longue marche jusqu'à l'arrêt de bus, qui se trouve au bout d'une départementale. 

“Déjà, c’est mal desservi, il n’y a pas beaucoup de fréquence et en plus, ils suppriment des stations. Donc soit je vais éviter de venir le matin, ou alors il faudra que je parte plus tôt du parloir”, indique-t-elle.

Un frein à la réinsertion

Plus de trois heures de trajet aller-retour, un long périple pour ne voir son compagnon qu'un moment, forcément trop court. “Je me suis réveillée à 5h50 et j’ai pris le train à Melun à 6h40. Et quand on voit le temps de trajet qu’on fait pour au final n’avoir que 45 minutes de parloir, ça passe très vite”, ajoute-t-elle. 

Cette difficulté d'accès aux prisons est aussi un enjeu de réinsertion sociale pour les prisonniers. C'est ce qu'explique Manon Ventura, présidente de l'Association Faresol: elle a lancé une pétition de réouverture de l'arrêt de bus qui a récolté plus de 2000 signatures. 

“J’ai trouvé ça personnellement révoltant que la desserte de la plus grande prison d’Europe puisse être négligée à ce point. Les familles sont le premier moteur de réinsertion et pourtant dans la réalité on fait tout pour qu’il soit désinséré de la réalité en les mettant très loin des centres-villes et donc loin des familles”, explique-t-elle. 

Les représentants de la prison, des régies de transport et de la région Île-de-France doivent se réunit aujourd'hui pour trouver une solution à la suppression de l'arrêt de bus. 

Valentine Rault avec Guillaume Descours