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Prix à la pompe en forte hausse: "malheureusement, cela va continuer à augmenter, a priori jusqu’en juin"

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L’addition commence à être salée. Depuis plusieurs semaines, les prix à la pompe augmentent fortement, et c’est même parti pour durer quelques mois, selon Raphaël-Homayoun Boroumand, expert du secteur de l’énergie.

Raphaël-Homayoun Boroumand est docteur en économie et expert du secteur de l’énergie. Il est l’auteur de "20 idées reçues sur l’énergie" (De Boeck).

"On est sur la cinquième semaine de hausse. Et cela risque de durer pour le début de l’année 2017. C’est assez exceptionnel. Un des éléments du prix du carburant, c’est le prix du baril de pétrole. Il était à 30 dollars en février dernier et a presque doublé pour atteindre aujourd’hui 56 dollars. Cette flambée du cours du pétrole courant 2016 a un fort impact et se répercute sur les prix à la pompe.

Il faut aussi ajouter le fait que 60% du prix du carburant est composé des taxes de l’état français. Or, il y a aussi une hausse du côté de la fiscalité qui a eu lieu le 1er janvier 2017. Cette hausse n’a pas encore été totalement répercutée mais le sera dans les prochains jours. Et ça va se sentir sur le pouvoir d’achat des consommateurs. Malheureusement, cela va continuer à augmenter. Une taxe carbone a été décidée, à laquelle se greffe un rattrapage fiscal essence-diesel (un centime de plus pour le diesel et un centime de moins sur l’essence). Le diesel représente 60% du parc automobile. Enfin, une taxe appelée "taxe Navigo" va uniquement concerner les Franciliens. Elle consiste à faire payer le déficit du pass Navigo dans le prix du litre de carburant.

"On n’est pas dans la situation où le gouvernement envisagerait de bloquer les prix"

Est-ce que cette hausse va se poursuivre? Si vous prenez le paramètre du prix du pétrole, il va continuer à augmenter si les baisses de quotas de production sont respectées. Il faut donc s’attendre à une hausse répercutée sur les prix du carburant, mais pas au niveau de celle qu’on a pu connaître en 2012, où on avait le diesel à 1,5 euro le litre, là on est à 1,22 euro. On n’est pas dans la situation où le gouvernement envisagerait de bloquer les prix à la pompe. Mais il y a une tendance haussière qui risque de se confirmer début 2017.

Pour ça, il faudrait un prix du pétrole aux alentours de 100 dollars, et là on est à 55 dollars. Il est très probable que ça continue à augmenter pour atteindre 60 dollars le baril. Les Etats-Unis, surtout sous la présidence Trump, souhaitent relancer massivement la production de pétrole de schiste qui devient rentable à 60 dollars le baril. La relance de la production nord-américaine devrait mécaniquement atténuer la hausse. Celle-ci est liée à une décision historique de l’OPEP, le cartel pétrolier, et 11 autres pays qui n’en sont pas membres, le 30 novembre dernier, de baisser très fortement leur quota de production, d’environ 1,8 million de barils par jour. Cette décision a entraîné une envolée des prix depuis le décembre dernier.

"Le diesel, SP95 et SP98, ne dépasseront pas respectivement 1,30 euros le litre, 1,45 euros et 1,50 euros"

Cette légère hausse va continuer a priori jusqu’en juin 2017. Mais je ne pense pas que le diesel, SP95 et SP98, dépasseront respectivement 1,30 euro le litre, 1,45 euro et 1,50 euro. On ne sera pas sur les plafonds qu’on a connus il y a quatre ans.

Au lieu d’instaurer les taxes au moment où le prix du pétrole était à 30 dollars, et où on connaissait une baisse très forte du prix du carburant, le gouvernement le fait au moment où le prix du pétrole recommence à augmenter. En terme de pouvoir d’achat, ce n’était pas le bon moment. Aujourd’hui, au regard du contexte électoral, je ne suis pas sûr que le gouvernement actuel ait un intérêt politique à prendre des mesures par rapport au prix des carburants. A votre avis, qui en aurait le bénéfice politique? Ce serait défendre le pouvoir d’achat des Français au profit d’une alternance politique en mai 2017. Malheureusement, la politique énergétique est parfois l’otage de calculs politiques et le contexte politique actuel réserve beaucoup d’incertitudes. Si ça continue à augmenter, avec la période estivale qui arrive, il est très probable qu’en août-septembre 2017 il y ait une action qui soit prévue. Mais on en est encore loin."

Propos recueillis par Antoine Maes