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Procès de la "chemise arrachée" à Air France: "Ils sont en train de criminaliser l'action syndicale"

Le 5 octobre dernier, le DRH d'Air France avait été violemment pris à partie par les salariés

Le 5 octobre dernier, le DRH d'Air France avait été violemment pris à partie par les salariés - AFP

REACTIONS - Les cinq salariés d'Air France mis en cause dans l'affaire de la chemise arrachée se retrouvent devant la justice. Ils sont jugés ce mardi pour violences aggravées en réunion sur deux cadres de la compagnie, et cinq agents de sécurité au tribunal correctionnel de Bobigny.

Le 5 octobre dernier, lors d'un comité central d'entreprise sous tension après l'annonce d'un plan social à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, le directeur des Ressources Humaines et le directeur des longs courriers de Roissy avaient été violemment pris à partie. Les images de Xavier Broseta, torse nu, la cravate nouée autour du cou tentant de fuir en escaladant un grillage avaient fait le tour du monde. Air France avait immédiatement porté plainte pour violences aggravées.

Au total, ce mardi, 16 salariés vont comparaître: cinq pour "violences aggravées en réunion" et 11 pour "dégradations en réunion." L'un des 15 prévenus est poursuivi pour les deux chefs d'inculpation. Interrogé par RMC, Miguel Fortea, secrétaire général de la CGT Air France, estime que ses collègues sur les bancs des prévenus sont des "boucs-émissaires". "C'est un procès symbolique car on a pris des boucs-émissaires pour en faire des exemples, de façon à tenter de museler le corps social".

"L'image de la compagnie a été durablement atteinte"

"Le message passé à travers les salariés d'Air France, mais aussi à travers le monde salarial, est: ne luttez pas pour préserver vos emplois ou les développer sinon ça sera la case tribunal, estime-t-il encore. Ils sont en train de criminaliser l'action syndicale. C'est théâtralisé politiquement, c'est instrumentalisé". Et de conclure: "Nous demandons bien évidemment la relaxe. Le procès ne peut pas être fait d'avance, ce qui est malheureusement le cas aujourd'hui".

En revanche, dans cette affaire, Baudouin de Moucheron, avocat d'Air France, estime que "l'image de la compagnie a été durablement atteinte". "Et, lorsqu'en plus vous l'alimentez d'un discours faux, qui est une sorte de justification de la violence par une prétendue violence sociale, le préjudice se poursuit. C'est ce que nous essaierons de corriger, déclare-t-il encore dans Bourdin Direct. Il n'y a qu'une seule satisfaction possible pour Air France, c'est d'être reconnu comme victime en tant que personne morale."

Que sont devenus les salariés licenciés?

Depuis leur licenciement, les ex-Air France doivent se contenter de boulots alimentaires. Trois d'entre eux assurent notamment des missions auprès des imprimeries de Paris. La CGT a su faire jouer ses réseaux avec le syndicat du livre. Mais rien de pérenne. Des "activités précaires", selon leurs avocats, qui évoquent des vies de famille chamboulées et l'état psychologique déplorable de certains.

Tous n'ont d'ailleurs pas perdu espoir de réintégrer un jour Air France. Côté parties civiles, les deux directeurs pris à partie le 5 octobre dernier vont assister au procès. Depuis, Xavier Broseta a été promu. Il chapeaute désormais l'ensemble des ressources humaine du groupe Air France KLM. Quant à Pierre Plissonnier, directeur de l'activité long courrier de Roissy à l'époque, il a pris sa retraite. Une retraite programmée sans lien avec ces événements, assure la compagnie.

M.R avec Marion Dubreuil