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Une pétition pour sauver le timbre rouge, promis à la disparition en janvier 2023

La Poste a décidé de supprimer le timbre rouge à partir de janvier 2023. Le syndicat Sud-PTT a lancé une pétition pour dénoncer ce choix qui risque de "renforcer l'illetronisme", la fracture numérique entre les générations. Son secrétaire fédéral était l'invité de Charles Matin sur RMC.

Alerte rouge sur le timbre. La Poste a annoncé sa décision de supprimer, dès janvier 2023, le timbre rouge. Après de nombreuses augmentations, cette lettre prioritaire, distribuée en un jour, va disparaître au profit d'une "e-lettre rouge" à envoyer depuis le site internet du postier français jusqu'à 20h la veille de la distribution. Elle sera alors imprimée dans un centre de distribution à proximité du lieu d'arrivée de la lettre avant d'être distribuée le lendemain "sous enveloppe arborant un dessin de timbre rouge".

Une décision dénoncée par le syndicat Sud-PTT qui a décidé de lancer une pétition contre la disparition de la "Marianne rouge". Ils dénoncent une "baisse drastique de service" de La Poste et un choix qui renforce la fracture numérique:

"Tous les gens qui ont des problèmes d'accessibilité avec le numérique vont avoir un petit problème. Beaucoup de gens l'utilisent encore: les gens comptent dessus, pour envoyer rapidement un chèque, par exemple. C'est important. Avec le courrier imprimé, ce ne sera plus possible. Quand je raconte ça autour de moi, ils hallucinent. Ce n'est pas possible de remplacer quelque chose de matériel et d'aussi symbolique, pour un courriel qu'on vous propose d'imprimer pour trois centimes de plus. On va passer d'1,46€ à 1,49€" explique Nicolas Galepides, secrétaire fédéral de Sud-PTT, invité de Charles Matin sur RMC.

"Un jour sur deux ou trois, vous ne verrez plus passer le facteur"

Trois centimes de plus et un allongement global des délais selon le syndicat, puisque le timbre vert et le recommandé vont passer à trois jours de délais de distribution après l'envoi. Pour le syndicaliste, "ce n'est pas à la Poste de décider, il doit y avoir un débat public": "Le défenseur des droits, Jacques Toubon en 2019, avait dit qu'aucune décision administrative ne doit se prendre sans améliorer les droits des gens. Là ce n'est pas le cas. Quand il n'y a pas d'alternative pour envoyer vite un courrier, ce n'est pas possible."

Autre crainte des syndicats, la réduction du nombre de tournées des facteurs:

"La direction, vu qu'il n'y a plus d'urgence à distribuer le courrier veut étaler les flux: ça va massifier la distribution du courrier sur quelques jours. Ainsi, le facteur passerait trois jours dans un quartier, trois jours dans un autre: un jour sur deux ou sur trois, vous ne verrez plus passer le facteur."

Une empreinte carbone qui explose

Dans les facteurs ayant amené cette décision, La Poste estime que le bilan écologique de la lettre rouge est "très lourd" car nécessite "un transport rapide incluant parfois un trajet en avion". Un argument qui ne tient pas pour les syndicats:

"Les lettres rouges prenaient l'avion que prend Chronopost pour les colis. S'il n'y a plus d'avion, il n'y a plus de Chronopost. Comment on fait pour les colis express? Cet avion va continuer de voler mais sans lettres rouges dedans. Quand on a demandé à la direction le volume des lettres rouges qui prennent l'avion, ils ont refusé de répondre. C'est un sujet un peu sensible en ce moment" explique Nicolas Galepides.

Sud-PTT dénonce aussi l'explosion de l'empreinte carbone de La Poste, les émissions en CO² du groupe public ayant "augmenté de 110% en quelques années et de 53% en deux ans" selon le secrétaire fédéral de Sud-PTT qui estime que la section transport de la Poste représente "2% des émissions de tous les transports de France".

Enfin le syndicat craint également pour les emplois. Sud-PTT estime que la fin du timbre rouge entraînera la suppression de 20.000 emplois, les emplois précaires (CDD ou intérim) étant les premiers concernés. La Poste, déficitaire depuis 2018, cherche à faire des économies, "indispensables pour maintenir le service universel postal". En 2020, les pertes de l'entreprise ont atteint 1,3 milliard d'euros en 2020.

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC