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Des jeux vidéo bientôt remboursés par la sécurité sociale?

De plus en plus de jeux vidéo sont considérés comme des aides médicales qui peuvent être précieuses sur certaines affections, comme les troubles de l'attention, la dyslexie ou encore la maladie d'Alzeihmer.

Des jeux vidéos qui soignent, ce n'est pas une utopie. L’un d’entre eux a été spécifiquement conçu pour lutter contre la dyslexie, et pourrait même être remboursé par la sécurité sociale. C’est en tout cas l’objectif de ses créateurs, une startup française issue de l’école Polytechnique, qui s’appelle Mila Learn.

Autant vous dire qu’on est est loin de Fortnite ou de FIFA. C’est un "serious game" destiné aux 7-11 ans, qui se joue sur smartphone ou tablette, dont les mécanismes ont été spécifiquement conçus pour aider à lutter contre la dyslexie.

Un jeu d’aventure, très coloré, où l’on doit libérer des villageois qui ont été enlevés. En résolvant des énigmes et des épreuves basés sur le rythme et la musique, on va faire appel à la fois à la concentration, à la mémoire, à la motricité, au rythme. Et ça va permettre de renforcer certaines zones du cerveau (le faisceau arqué), qui sont les mêmes que celles qui sont déficitaires chez les enfants dyslexiques.

Le jeu est déjà utilisé par 6.000 enfants aujourd’hui, en phase de test avant un lancement en début d’année prochaine.

Son efficacité réelle est en cours de validation: le jeu est en essai clinique de phase 3, exactement comme un médicament, conçu en partenariat avec des spécialistes de la Pitié Salpêtrière et de la Timone. Il est important de souligner que c’est un outil complémentaire, à côté du travail que l’enfant peut réaliser avec un orthophoniste par exemple.

Est-ce que c’est vraiment une idée judicieuse de rajouter du temps d’écran à des enfants qui sont déjà en difficulté ? C’est assez bien conçu: les parties durent 13 minutes en moyenne et le temps de jeu max est de 25 min par jour, après la jauge d’énergie du personnage tombe à 0 et on ne peut plus avancer, ce qui limite le temps passé devant l’écran.

Les "jeux vidéo médicaux" une vraie tendance de fond

Aux Etats-Unis, EndeavorRX par exemple, est le premier jeu qui peut être officiellement prescrit à des patients, comme un médicament, validé par la très pointilleuse FDA (Food and Drink administration), destiné aux enfants de 8 à 12 ans qui souffrent de troubles du déficit de l’attention. Les mécanismes du jeu, au design très coloré, où l’on contrôle un petit vaisseau spatial qui doit passer tout un tas d’obstacles ont été spécifiquement conçu pour solliciter la concentration de l’enfant sur plusieurs tâches à la fois, renforcer son niveau d’attention, limiter son impatience.

Sur l’une des études, un tiers des enfants "traités", puisque c’est le mot, par ce jeu vidéo ne montraient plus aucun trouble de l’attention mesurable après avoir joué pendant un mois, à raison de 25 minutes par jour, 5 jours par semaine. Là encore, le jeu vidéo ne peut pas remplacer ou se substituer aux traitements traditionnels, mais ça peut venir en complément.

Autre exemple: Ubisoft, pour soigner l’amblyopie, un trouble de la vision qui fait qu'un œil est plus faible que l’autre. Ils ont conçu un jeu vidéo, Dig Rush, qui se joue avec des lunettes aux verres rouges et bleus qui font que le joueur ne voit le personnage qu’avec son œil faible, et qui va forcer les yeux à se coordonner, entraîner le cerveau à travailler différemment, et au bout d’un certain temps de jeu, le trouble disparaît... Plus sympa qu’un patch sur l’œil !

D'autres jeux pour les maladies neuro-dégénératives

Ca c’est pour les enfants, mais il y a aussi plein d’applications intéressantes pour les maladies neurodégénératives par exemple comme Alzheimer, Parkinson… D’une part pour dépister des maladies, avec notamment un jeu qui s’appelle Sea Hero Quest, créé par des neuroscientifiques. Un jeu anodin, auquel on peut jouer sur smartphone ou tablette, où on joue le rôle d’un capitaine de navire.

Le but étant de mémoriser sur une carte le trajet d’un bateau et de le faire passer par des points précis, avec différents niveaux de difficulté.

Ca va permettre, mine de rien, de mesurer les capacités d’orientation dans l’espace, la mémoire, de faire travailler différentes parties du cerveau qui sont affectées par Alzheimer, et donc de détecter certains signes précoces de la maladie.

Pour les malades de Parkinson, un jeu qui s’appelle Toap Run, où le patient incarne une taupe qui va devoir éviter des obstacles en réalisant des mouvements devant la console, ce qui améliore l’équilibre et limite les risques de chute, un jeu considéré considéré comme dispositif médical.

Anthony Morel (édité par J.A.)