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Des parlementaires proposent de remodeler La Poste: "En 2022, qu'est-ce qui va rester du courrier?"

Un bureau de poste

Un bureau de poste - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Avec la baisse des volumes de courrier, des députés et sénateurs suggèrent de revoir le contrat qui lie l'Etat et La Poste pour les années 2018-2022. Remise à plat de la livraison du courrier à J+1, de nouveaux partenariats avec les gares et offices de tourismes... Députée radicale de gauche (PRG), membre de la Commission Supérieure du Numérique et des Postes (CSNP), Jeanine Dubié est favorable à une transition douce vers le numérique, tout en maintenant ce service public là où il est nécessaire. Elle s'explique à RMC.fr.

Jeanine Dubié est députée PRG des Hautes-Pyrénées, et a été membre de la CSNP, qui émet des recommandations à l'adresse de l'Etat pour pallier les baisses du trafic de courrier.

"Depuis les années 1980, La Poste, dans sa mission de service universel postal, doit garantir une distribution sur l'ensemble du territoire, 6 jours sur 7. Mais le temps a passé, les habitudes se sont modifiées. Le numérique impacte la distribution du courrier. On a une baisse du trafic du courrier, un élargissement du périmètre des tournées des facteurs. La Poste perd 500 millions d'euros par an. D'ici 2022, elle va même perdre plus de 40% des objets transportés actuellement par le service courrier.

Et en même temps, le colis prend de plus en plus d'importance avec l'essor du e-commerce - mais sans que cela ne compense pas la baisse du courrier.

En 2022, qu'est-ce qui va rester dans le courrier ? Avec cette baisse, il y a des employés à qu'il va falloir trouver de nouvelles activités pour maintenir leur emploi. Car soit on réduit le nombre de facteurs, soit on trouve des réorganisations et de nouvelles activités. Il y a donc des réorganisation des tournées, le facteur-guichetier qui le matin tient le guichet, l'après-midi distribue le courrier. Les métiers se transforment.

Remettre à plat la distribution de courrier à J+1

La CSNP propose de reconsidérer la pertinence de la lettre à J+1 (postée le jour J et reçue le lendemain). Si vous voulez joindre rapidement quelqu'un, vous n'envoyez pas du courrier. Vous envoyez un texto, ou bien un mail pour les pièces jointes.

L'opportunité de la lettre J+1 a encore du sens, mais pour ceux qui n'ont pas un usage quotidien de leur messagerie Internet. Elle doit continuer à exister, parce qu'on est dans une période de transition où tout le monde n'a pas accès au numérique. L'accès au haut-débit n'est pas égal sur tout le territoire, notamment en zone rurale et en zone de montagne. Tant que nous n'aurons pas un tuyau uniforme sur tout le sol français, il faut que les anciennes formes de service public perdurent, sinon on va isoler des personnes âgées, vulnérables.

La force de La Poste c'est sa proximité. Elle développe des services en jouant sur cette proximité. Un service comme "Veiller sur mes parents", c'est une activité sociale qui n'était pas dans les gènes de La Poste. Même s'il y a 30 ans, quand le facteur passait, il portait la lettre, discutait, prenait le café... Mais aujourd'hui dans les campagnes, il n'y a plus de facteurs en mobylette. Ils sont en voiture, ils ont une carapace, et n'ont plus le temps. Là, certes le lien social devient payant.

"Il y a des facteurs en souffrance"

Je ne suis pas une libérale à tout crin. Aujourd'hui il y a des facteurs en souffrance parce qu'on leur demande de faire des choses pour lesquelles ils n'ont pas été formés. Cela prend un peu de temps. Comme je l'ai dit devant la CSNP, on ne peut pas faire faire tout en même temps au facteur en tournée. Il ne peut pas à la fois distribuer le courrier, passer 10 minutes avec une personne âgée, relever le compteur… C'est insupportable.

Sur les 17.000 points de contact postaux, 50% sont restés des postes de plein exercice. Beaucoup d'agences postales ferment. La disparition des services publics est corrélée à un sentiment d'abandon qui alimente des votes extrêmes. Il faut que la poste conserve des Postes de plein exercice. Mais il y a un problème de fréquentation. Tant qu'il y a de la fréquentation, la Poste reste... Le litige est autour de la manière dont La Poste évalue la baisse de sa fréquentation.

Je suis très favorable à ce que l'on transforme le bureau de poste en maisons de service au public. Ce qui oblige certains services publics à revenir sur ces territoires, et de mutualiser leurs frais de fonctionnement. On peut y trouver les retraites, la CPAM, la CAF… Au lieu d'être éclatés, ou qu'il n'existent pas.

"Je ne peux pas faire l'autruche"

Il faudra se battre pour qu'il y ait des moyens pour les implanter. La France, ce n'est pas que des métropoles, c'est aussi des zones rurales, c'est 80% du territoire, et 20% de la population qui y habite. Des personnes âgées, des personnes qui n'ont pas de facilité de déplacement… Il faut y maintenir u service de proximité.

On demande de conserver le service de proximité -guichets, etc- mais en même temps, on est acteurs de leur disparition. Quand on fait nos achats de chaussures ou de vêtements sur Internet, cela impacte l'activité de proximité. On ne peut pas rayer d'un trait de plume nos modes de fonctionnements anciens, parce que des gens n'ont pas accès, mais il faut se préparer à ces mutations. Il y a un sujet autour de la signature numérique. Demain, il y aura des recommandés sur Internet.

Je ne peux pas faire l'autruche et ne pas me rendre compte que les pratiques changent, impactées par le numérique. Demandez donc à quelqu'un qui a 20 ans combien de fois il a été dans une Poste…."

Propos recueillis par Paul Conge