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La guerre en Ukraine ou la guerre des crypto-monnaies

Le bitcoin pourrait jouer un rôle clé dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine. Chaque camp utilise les crypto-monnaies comme une arme technologique extrêmement utile en temps de guerre.

Que ce soit dans un camp comme dans l’autre, les crypto-monnaies s’imposent. Cela illustre parfaitement un point essentiel quand on parle de bitcoin et de crypto-monnaies : elles ne font pas de politique. La tech n’est pas bonne une mauvaise, elle est neutre et tout le monde peut s’en emparer.

L’Ukraine finance la guerre en bitcoin

L’Ukraine s’en sert pour financer son effort de guerre. Sur Twitter, le vice-premier ministre ukrainien a carrément publié un appel aux dons en crypto-monnaies.

Il a affiché directement les adresses électroniques de 3 wallets (portefeuilles numériques): des suites de chiffre et de lettres, qui permettent à toute personne qui détient des crypto-monnaies de transférer des fonds en quelques secondes. Il suffit de copier l’adresse. Trois monnaies sont disponibles : le bitcoin, l’ethereum et l’USDT, une crypto-monnaie adossée au dollar américain.

C’est loin d’être négligeable quand on sait que 8% des Français par exemple détiennent des cryptos, c’est plus que ceux qui ont des actions en bourse. L’Ukraine a récolté ainsi en quelques jours plusieurs dizaines de millions d’euros. Cela montre aussi que le bitcoin, qu’on voit souvent juste comme un actif spéculatif, peut avoir une utilité réelle dans les situations de crise.

La Russie veut contourner les sanctions économiques avec les cryptos

Côté russe, le bitcoin à deux utilités: d’abord c’est une arme pour tenter de se prémunir du plongeon de la monnaie nationale, alors que le rouble s’est effondré. Malgré sa volatilité, le bitcoin est souvent considéré comme une valeur refuge, certains disent de l’or numérique: il en existe un nombre fini, 21 millions une fois qu’ils auront tous été minés, et pas un de plus.

D’ailleurs, les volumes d’achat de bitcoin en roubles, donc à partir de comptes russes, ont explosé ces derniers mois, sachant que la Russie était déjà l’un des pays les plus investis au monde en cryptos.

Les cryptos vont aussi faire partie d’un arsenal technologique pour tenter de contourner les sanctions et les blocages, comme c’est déjà le cas au Venezuela, en Iran, en Corée du Nord. Car ces blocages passent par des institutions bancaires. On a beaucoup parlé de l’exclusion de la Russie du système Swift. L’avantage des cryptos, c’est qu’elles court-circuitent tout ça: à partir du moment où il y a un acheteur et un vendeur, la transaction a lieu. De manière transparente, ultra sécurisée, quasi sans frais et incensurable.

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Des sanctions aussi sur les cryptos ?

Bruno Le Maire, le ministre de l’économie a déclaré que les futures sanctions comprendront aussi des mesures sur les crypto-monnaies, mais sans donner plus de précisions. Le seul moyen de blocage, ce serait de forcer les grandes plateformes d’échange à interdire les virements vers des adresses russes. C’est la demande officielle du gouvernement ukrainien.

Mais pour l’instant, même sous la pression, Coinbase et Binance, ont refusé publiquement de geler les transferts vers des adresses russes, en rappelant leur caractère apolitique tout en respectant les sanctions: les oligarques n’ont, par exemple, pas accès à ces plateformes, mais on ne peut pas bloquer tous les habitants d’un pays.

Anthony Morel (avec MM)