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La révolution du sang synthétique face au manque de dons

Du sang synthétique, fabriqué en laboratoire, pourrait permettre de répondre à tous les problèmes de pénurie.

C’est une première mondiale qui a eu lieu, assez discrètement, il y a quelques semaines. Dans le cadre d’un essai clinique, des chercheurs britanniques ont transfusé pour la première fois des humains avec du sang de synthèse, du sang artificiel. Autrement dit, du sang qu’on a, non pas prélevé à un patient lors d'un don comme c’est le cas aujourd’hui, mais fabriqué, ou plutôt cultivé en laboratoire. On part d’un don de sang classique. Et ce sang, on va le "multiplier" si l’on peut dire. On prend dans cet échantillon des cellules souches sanguines, puis on va les cultiver in vitro pour les transformer en globules rouges. En trois semaines, on va transformer 500.000 cellules souches en 50 milliards de globules rouges, qu’on va ensuite pouvoir transfuser. En clair, avec un peu de sang, on fabrique beaucoup de sang.

On parle souvent des pénuries de dons du sang, avec des réserves qui sont trop basses à certaines périodes de l’année (il faut 10.000 dons par jour en France). Et il existe des groupes sanguins extrêmement rares, au-delà des A-B-O qui représentent 98% des besoins en sang: 250 sont identifiés (4 personnes sur 1.000 pour chacun). Cela veut dire qu’il n'existe pas d’autres groupes sanguins compatibles pour les transfuser. En tout, ça concerne 700.000 personnes en France, dont la majorité ne sont pas au courant. Donc on comprend bien l’intérêt que représente le fait de pouvoir fabriquer du sang à la demande.

Alors, pourquoi on ne s’y met pas tout de suite? D’abord parce qu’il s’agit d’un premier essai clinique sur une dizaine de patients, auxquels on a injecté une petite quantité de sang naturel (équivalent de quelques cuillères à café) et, quatre mois plus tard, de sang synthétique, pour analyser les différences. Ensuite, parce que cette technologie coûte aujourd’hui très cher. Et ce sont de véritables usines de production qui sont nécessaires, même si on peut espérer que, comme pour toute innovation, les prix soient divisés d’ici quelques années (cf décodage de l’ADN, qui coûtait des millions et qu’on peut maintenant réaliser pour quelques centaines d’euros). De nombreuses startups se sont lancées, comme les Français Erypharm ou Hemarina, qui utilise pour fabriquer son sang artificiel des vers marins, dans lesquels on trouve une molécule qui présente plus de 90% de similarité génétique avec l’hémoglobine humaine. Plein de pistes très intéressantes à explorer, même si ça prend du temps…

Bientôt des prises de sang indolores

Donc on aura quand même toujours besoin de donneurs. Et bonne nouvelle pour ceux qui ont peur des aiguilles, il y aura bientôt des prises de sang complétement indolores. Plusieurs startups travaillent sur le sujet, notamment les Américains de Seventh sense, qui ont obtenu une autorisation des autorités américaines pour un dispositif qui s’appelle TAP. C’est beaucoup moins intimidant qu’une seringue: un boîtier en plastique qui ressemble un peu à une souris d’ordinateur qu’on va coller sur son bras, comme un patch, et qui va sucer le sang, un peu comme une sangsue. On appuie sur un bouton et vous avez une trentaine de microaiguilles, tellement minuscules qu’on ne les sent absolument pas qui vont percer la surface de la peau et aspirer le sang jusqu’à un réservoir intégré au dispositif. Deux minutes plus tard, le réservoir est plein et vous avez l’équivalent de piqûres de moustique sur le bras. On ne voit et on ne sent pas l’aiguille, ni le sang, ce qui est l’élément que certains patients ont du mal à supporter. Autre avantage: ce genre de technologie pourrait permettre à n’importe qui de réaliser lui-même une prise de sang, sans aller dans un laboratoire médical.

Anthony Morel