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Peut-on vraiment lutter contre les contenus haineux sur les réseaux sociaux? Ça fait débat sur RMC

Mark Zukerberg est reçu à l’Elysée ce vendredi. Après une première rencontre l’an dernier, le patron de Facebook doit discuter avec Emmanuel Macron d’une meilleure régulation d’Internet. La France veut se doter d’une loi pour modérer les propos haineux en ligne.

Sur Internet, plus d’un commentaire sur 7 est de nature haineuse. Résultat d’une étude conduite sur les trois premiers mois de l’année à partir de l’analyse de 25 pages Facebook de grands médias français.

C’est aussi ce qu’ont pu constater les fonctionnaires français. Pendant un an, ces agents ont eu accès aux coulisses du réseau social. Pour comprendre comment Facebook repère et fait disparaître les contenus postés par les internautes.

En parallèle, une proposition de loi a été déposée le 20 mars dernier pour lutter contre la haine sur Internet. Elle vise en particulier les propos racistes et antisémites. Trois grands points: la mise en place d’un message d’avertissement sur les réseaux sociaux pour informer les usagers des risques qu’ils encourent lorsqu’ils publient un message haineux.

"Tout ce qu'on leur demande c'est d'appliquer la loi"

La création d’un bouton commun à toutes les plateformes pour supprimer les contenus. Et surtout, l’obligation pour les hébergeurs comme Facebook ou Youtube de supprimer ces contenus dans les 24 heures, sous peine d’une amende pouvant aller jusqu'à 4% du chiffre d’affaires mondial.

L’auteure de ce texte, la députée En Marche, Laëtitia Avia, est persuadée que les géants d’Internet ont les moyens d’agir

"Avoir des mécanismes de signalement plus simples et ensuite, le supprimer. Ce ne sont pas les plateformes qui vont déterminer ce qui est illégal ou non. On a une jurisprudence qui est très abondante en France donc tout ce qu'on leur demande c'est d'appliquer la loi. Ce qu'il s'est passé notamment dans le cas des attentats en Nouvelle-Zélande, c'est que ces différentes plateformes ont coopéré pour identifier ces différentes vidéos qui étaient postées sur les différentes plateformes. On doit accentuer ce devoir de coopération". 

"Google et Facebook ont entièrement échoué à empêcher la diffusion de cette vidéo"

Sur Christchurch, ces vidéos de l’attentat de la mosquée, diffusées en direct, partagées ensuite plus d’un million de fois. C’est l’exemple même de l’impossibilité technique d’agir pour Facebook selon Arthur Messaud, juriste à la Quadrature du Net, une association de défense des droits et libertés des citoyens

"Si on veut savoir comment Facebook censure sa plateforme, on peut regarder ce qu'il s'est passé avec l'attentat de Christchurch. Google et Facebook ont entièrement échoué à empêcher la diffusion de cette vidéo pendant au moins 24 heures et plus. Tout simplement, parce que leurs algorithmes de recommandation et leur millier de modérateurs embauchés ne suffisaient pas du tout à contrer une attaque de propagande faite juste par une dizaine de personnes".

Et puis, il y a aussi une question économique. Les réseaux sociaux n’ont aucun intérêt à retirer ces contenus qui font jouer nos émotions. Des contenus qui nous font rester scotchés devant notre écran. Et plus vous restez longtemps, plus le réseau social gagne de l’argent.

Matthieu Rouault