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Sans portable, je ne me coupe pas du monde, au contraire:  je privilégie les relations réelles aux virtuelles

Alexandre, 33 ans, se passe depuis plusieurs années de téléphone portable. (Photo d'illustration)

Alexandre, 33 ans, se passe depuis plusieurs années de téléphone portable. (Photo d'illustration) - AFP

Le 6 février est la journée sans téléphone portable. Mais est-il réellement possible de s'en passer? Pour Alexandre, oui. Ce jeune trentenaire a fait le choix de ne plus en posséder, pour des questions de liberté, mais aussi pour mieux profiter de l'instant présent. Il témoigne pour RMC.fr

Alexandre, 33 ans, se passe de téléphone portable depuis presque six ans. Il explique son choix à RMC.fr. 

"J’ai déjà possédé des téléphones portables. J’en faisais une utilisation personnelle et professionnelle quotidienne. Mais depuis 2011, j’ai décidé de m’en séparer. Je pense qu’il est effectivement possible de s’en passer. Ne plus avoir de portable permet aussi de donner l’exemple sur le fait qu’on peut se détacher de choses qui font partie de notre quotidien, et je suis content de ne plus avoir à m’en servir tous les jours.

Il y a quelques années, je suis parti en voyage, laissant mon boulot derrière moi. J’ai tout plaqué et n’ai pas voulu partir faire le tour du monde avec mon téléphone. Lors de ce voyage, je me suis aperçu que je n’en avais pas une utilité plus importante que cela. J’ai donc continué sur cette lancée à mon retour en France.

"Je privilégie les relations réelles aux virtuelles"

Je pense que c’est un objet qui peut s’avérer être nocif. Par exemple, je ne suis pas convaincu que les ondes qu’il émet soient très bonnes pour la santé si on en fait une utilisation très importante. A long terme, le téléphone portable peut même être toxique. Aujourd'hui, vivre sans me permet d’avoir de la tranquillité. J’avais souvent l’impression d’y être pendu lorsque j’en possédais un, et je suis heureux que ce ne soit plus le cas. C’est aussi une manière de profiter davantage de ceux qui m’entourent. Sans téléphone portable, je ne me coupe pas du monde au contraire: je me raccroche à ce qui est à côté de moi à l’instant T, au moment présent, et je privilégie les relations réelles aux virtuelles.

Malgré tout, certains de mes amis râlent un peu en me disant "on ne peut jamais te contacter, comment on fait?". Mais la majorité d’entre eux respecte mon choix, et comprend qu’on peut essayer de vivre différemment. Je ne sais pas s’il s’agit d’un choix politique, mais disons que j’ai eu cette tendance à vouloir montrer un autre exemple, avec la volonté de s’extraire de ce monde qui est toujours ultra-connecté. Quand je vois mes proches, je suis désormais 100% dédié à eux. Avant, je l’étais peut-être à moitié. Avec le téléphone portable, il y a aussi tout ce que ça implique derrière, car il ne sert pas uniquement aux communications téléphoniques. Maintenant il y a internet, les réseaux sociaux…. Tout cela est une pollution.

"Ne plus avoir de téléphone portable est une question de liberté"

Je comprends que le téléphone puisse être une drogue, mais cela m’attriste. Si on est exclusivement connecté au téléphone portable, et qu’on n’est plus connectés aux gens, ou alors à moitié connectés à un petit bout de ci ou ça, au final ce ne sont plus de vraies connexions, et c’est vraiment dommage. Tout cela participe à l’individualisation de la société, les gens s’enferment. Par exemple dans le métro, on voit qu’ils n’échangent plus entre eux.

Si je ne veux plus de téléphone portable, c’est aussi pour une question de liberté: je ne veux pas être dérangé en permanence. Je sais que s’il m’arrivait d’en reprendre un, beaucoup d’amis m’appelleraient juste pour me dire 'salut comment ça va?'. Au premier coup de fil, on va prendre le temps de donner des nouvelles, au bout du dixième on se dira juste quelques bêtises. Et ça ne m’intéresse pas. Lorsque je vois certains amis qui passent environ une heure sur leur téléphone... Je ne dis rien, chacun est libre, mais du coup c'est une heure durant laquelle il n'y a pas d'échange, ce qui peut être gênant. 

Le seul réseau social que j’utilise est Facebook. Il m’aide à rester en contact avec toutes les personnes que j’ai pu rencontrer lors de mes voyages à l’étranger, et remplace un peu le téléphone. Je me suis quand même posé la question de supprimer mon compte, mais je ne pense pas être arrivé à ce stade. J’en ai toujours un peu l’utilité. C’est vraiment un outil que tout le monde utilise partout dans le monde, qui concerne toutes les générations. 

Propos recueillis par Alexandra Milhat