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Tirs devant la mosquée de Brest: le tireur a envoyé un courrier pour annoncer son acte

Deux personnes, dont l'imam de Brest, ont été blessées par balle jeudi devant une des mosquées de la ville, le tireur présumé ayant été retrouvé mort d'une balle dans la tête. Ses motivations restent pour le moment encore très floues.

Quelques minutes avant que l'imam de Brest soit blessé par balle devant sa mosquée, son ami Abdelmonaïm Boussenna, l'imam de Roubaix, reçoit le mail d'un inconnu qui lui annonce une attaque. 

"C'est un courrier qui explique qu'il est nécessaire de tuer l'imam de Brest. Il précise qu'il envoie le courrier juste avant de passer à l'acte. Immédiatement, j'ai essayé de contacté l'imam, mais pas de réponse. Et puis j'apprends ensuite qu'il y a eu un problème" confie Abdelmonaïm Boussenna sur RMC. 

"Quand on vous annonce qu'on va atteindre à l'intégrité physique de l'un de vos proches, c'est un moment compliqué" souffle-t-il.

Il est alors 16h jeudi: plusieurs coups de feu sont tirés devant la mosquée Sunna de Brest, située dans le nord-est de la ville, blessant deux personnes dont l'imam Rachid El Jay, qui avait fait parler de lui il y a quelques années en raison de prêches controversés. 

L'auteur présumé des faits a été retrouvé morts quelques heures plus tard dans une zone boisée de Guipavas, aux portes de Brest. "Tout laisser à penser qu'il se soit suicidé", a indiqué le procureur de la République de Brest Jean-Philippe Récappé, précisant qu'avant les faits il avait adressé une lettre, accompagnée de la photocopie de sa carte d'identité, justifiant son passage à l'acte. 

Ce n'est pas la première fois que l'imam de Brest, aussi célèbre que controversé, fait l'objet de menaces. Mais jusque-là, il n'avait jamais été directement ciblé. Même si les motivations de son agresseur restent floues et incohérentes pour les enquêteurs, l'imam de Roubaix est inquiet:

"Que ce soit un déséquilibré ou non, le résultat est là. Un homme armé vient devant un lieu de culte et ouvre le feu. Il est temps que l'on se mette tous autour d'une table pour discuter de la sécurisation des mosquées". 

"Tout doit être fait pour empêcher ce genre d'actes irrationnels"

Invité de RMC, Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, a également confié son inquiétude face à une telle situation: "Quel que soit le profil de l'imam, cet acte est inadmissible. Il doit être condamné et tout doit être fait pour empêcher ce genre d'actes irrationnels. (...) C'est incompréhensible".

Jeudi soir, le ministre de l'Intérieur a demandé aux préfets de renforcer la surveillance des lieux de culte.

Agé de 40 ans, Rachid El Jay est un imam controversé qui a fait polémique, notamment sur les réseaux sociaux. Et notamment un prêche filmé devant des enfants sur la musique en 2015 où il explique qu'"écouter de la musique, c'est écouter le diable. Il y a un risque qu'Allah le transforme soit en porc soit en singe". Sérieux détracteur du jihad guerrier et promoteur du vote aux élections, il est menacé de mort par l'Etat islamique régulièrement. 

Vendredi, les autorités ne qualifient pas l'attaque comme un attentat: les éléments recueillis jusqu'à présent dans l'enquête ne permettent pas de dire qu'il s'agit d'un "attentat", selon le parquet de Brest, soulignant par ailleurs que la section antiterroriste du parquet de Paris ne s'était pas saisie de l'affaire. C'est la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) de Rennes qui est chargée de l'enquête.

Marion Dubreuil avec Xavier Allain