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Vie extraterrestre: "si quelque chose venait nous voir, ce serait quand même vachement plus simple"

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Mercredi sort en salle le film Premier contact, de Denis Villeneuve. Il raconte l’arrivée sur terre de vaisseaux extraterrestres. Dans la réalité, la probabilité d'une rencontre avec une vie extraterrestre est très limitée. Michel Viso, responsable des programmes d’exobiologie au CNES, le raconte à RMC.fr.

Michel Viso, responsable des programmes d'exobiologie au CNES

"Il faut faire la différence entre d'un côté, la recherche de vie, donc d’une activité métabolique, de systèmes finis ett d'autre part des formes de vie intelligentes, communicantes et technologiques. C’est quelque chose de totalement différent. La science qui nous occupe tous les jours, ce n’est même pas être dans la recherche de vie, c’est 'est-ce qu’elle pourrait exister ailleurs?'. C’est-à-dire, est-ce qu’il y a des conditions qui permettraient aux systèmes d’exister sur des lieux autre que la Terre pour faire de la vie?

On en est encore très loin. Quand on a dit: 1. C’est possible, 2. Ca existe, 3. Cela mène obligatoirement vers une civilisation. Une fois qu’on a passé tous ces pas là, c’est le rôle de la science-fiction qui nous amuse. C’est merveilleux mais avant ça il faut franchir beaucoup de pas, qui ne sont d’ailleurs pas tous probables. Après on fait de l’anthropomorphisme et voilà.

Ce n’est pas frustrant pour nous, loin de là. Cette imagination qui a débordé, c’est l’alimentation de l’imagination qui fait la science aussi. Il faut rêver! Moi quand j’étais petit, je lisais des romans de science-fiction. Bien entendu cela n’a rien à voir avec la réalité de mon travail aujourd’hui. Mais ça alimente une dynamique.

"Pour l’instant, nous sommes un, nous sommes seuls, nous sommes uniques"

Dès qu’on trouvera un élément qui montrerait qu’il existerait une vie extraterrestre, et je parle de vie microbienne, ça sera déjà une révolution. Parce que pour l’instant, nous sommes un, nous sommes seuls, nous sommes uniques, et aucun élément ne permet de penser qu’il existe ou qu’il a existé de façon perceptible autour de nous une forme de vie microbienne. C’est frustrant, mais c’est pour ça qu’on va sur Mars. Curiosity est en train d’arpenter Mars pour savoir si ça a été habitable à un moment donné. On va ramener des éléments martiens entre 2020 et 2030.

Mais c’est extrêmement laborieux et fastidieux. Parce que c’est extrêmement cher, extrêmement difficile. Et si quelque chose venait nous voir, ce serait quand même vachement plus simple. Honnêtement, on ne confond pas le plaisir de regarder des choses surprenantes et intéressantes et la réalité du monde qui est beaucoup plus concrète, laborieuse et moins enthousiasmante vue de l’extérieur. Mais croyez-moi, quand Curiosity trouve un galet sur Mars, soit la preuve que l’eau a coulé pendant longtemps, pour les scientifiques c’est un grand pas en avant vers une possibilité d’existence de vie extraterrestre.

Tous ces ouvrages de fictions servent surtout à décrire nos réactions vis-à-vis de ces entités inconnues. C’est aussi une réflexion sur nos comportements, nos sociétés. Et généralement, c’est pour dire qu’il vaudrait mieux s’unir sur Terre pour faire face à je ne sais quel danger. Et ça montre souvent l’inanité des divisions entre nous. C’est surtout une réflexion sur l’état de notre planète".

Propos recueillis par Antoine Maes