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"Expliquez-nous": comment la crise du Coronavirus en Chine révèle le caractère autoritaire et centralisateur du régime communiste

Le coronavirus continue a se propager en Chine. Il a désormais fait plus de morts que le SRAS en 2003. 425 morts selon le dernier décompte des autorités chinoises. 64 nouveaux décès en 24 heures.

La gestion de la crise du coronavirus nous rappelle, pour ceux qui l'aurait oublié, que la Chine est un empire communiste, dirigé par un homme que l’on peut qualifier de dictateur. Xi Jinping, est à la fois, président de la république populaire, secrétaire général du parti communiste, président de la commission centrale militaire, c’est à dire commandant suprême de l’armée rouge, mais aussi depuis peu, “dirigeant du peuple”. Un titre que seul Mao avait porté auparavant. Et comme Mao, sa pensée est inscrite dans la constitution. Ce qui veut dire qu’on ne peut contester ses paroles. 

Bref, c’est un président qui ne cesse de renforcer ses pouvoirs depuis sept ans, et c’est lui qui a pris les choses en mains le 20 janvier dernier. Ce jour-là, il est apparu à la télévision non pas en costume comme d’habitude, mais en blouson, façon de dire qu’il se mettait au travail. Il a déclaré la guerre au virus et annonçait qu’il allait gagner cette guerre. Et c’est à partir de cette intervention que les mesures de quarantaine ont été prises. 

Seul un régime autoritaire pouvait imposer de telles mesures de restriction de liberté de circulation. D’abord l’isolement total de la Ville de Wuhan. Puis d’une quinzaine de villes autour, puis de toute la province de Hubei. C’est-à-dire une mesure de confinement pour 56 millions d’habitants. Les transports sont suspendus, les commerces sont fermés, les usines sont à l'arrêt, les écoles ont prolongé les vacances, les rues sont désertes. 

Des mesures de confinement étendues

Mesures de confinement étendues ce week-end à la ville de de Wenzhou, qui est dans une autre province à 800 kilomètres de là, où vivent 9 millions d’habitants qui n’ont plus le droit de sortir de chez eux. Sauf une personne par famille qui peut sortir une fois tous les deux jours pour faire des courses. Pratiquement, aucun autre pays au monde ne pourrait imposer de telles mesures et surtout être obéi. 

Depuis une quinzaine de jours, on ne peut pratiquement plus voyager à l'intérieur du pays, ni acheter un billet d’avion pour l'étranger. Des centaines de millions d’employés sont au chômage technique parce que les usines sont fermées sur décision du pouvoir. On a aussi vu ces images stupéfiantes de drones munis de hauts parleurs qui donnent l’ordre, aux passants dans la rue de rentrer chez eux ou de mettre leur masque. Certaines de ces images étaient des mises en scène de propagande, mais d’autres étaient réelles. Et le plus étonnant, c’est que tout cela n’est pas contesté. On ne conteste pas les décisions du “dirigeant du peuple” et du Parti communiste. 

Il y a tout de même eu des critiques sur la lenteur des réactions à l’arrivée du virus. Mais ces critiques concernaient les autorités locales de Wuhan. Un hebdomadaire officiel a écrit qu’elles n’ont eu aucune réaction lors de l’apparition des premiers cas en décembre. On a parlé dans la presse de leur politique de l’autruche. Des Médecins et un journaliste ont même demandé des sanctions contre ces politiques locaux. Et ce matin même Pékin reconnaît des insuffisances dans sa réaction, et le bureau politique du Parti communiste demande des améliorations. Mais encore une fois, ce sont des auto critiques sur les autorités locales et sur le début de la gestion. En revanche depuis la reprise en main de la crise au niveau national, on n’a plus lu de critique de la politique menée. 

Les médias au contraire loué l’efficacité de ceux qui ont réussi à construire un hôpital de 1200 lits en 10 jours seulement. Ou bien à la télévision centrale, on voyait hier des malades guéris qui quittait un hôpital avec des bouquets de fleurs à la main en remerciant le Parti communiste pour leur guérison.

Une transparence en question

Les Chinois affirment faire preuve de la plus grande transparence. Effectivement, et c’est nouveau, ils sont beaucoup plus transparents que lors de la précédente grande crise, celle du SRAS en 2003. Mais ce n’est pas très difficile de faire mieux qu'à l’époque. En 2003, les autorités sanitaires étaient restées des mois sans rien dire ou presque, et des mois à minimiser la crise. 

Cette fois, le génome du Virus a été rendu public très vite pour que les scientifiques du monde entier puissent travailler dessus. Des bilans de personnes infectées et de personnes décédées sont publiés tous les jours. L’organisation mondiale de la santé, l’OMS a félicité Pékin pour son sérieux et sa transparence.

Mais le journal Le Monde raconte ce matin qu’un hebdomadaire chinois, très en pointe sur l'épidémie, s'apprêtait à sortir une enquête dimanche pour affirmer, témoignages à l’appui que de nombreux décès ne sont pas pris en compte dans les statistiques officielles. Cet article, finalement, n’est pas paru. Pour des raisons techniques, a-t-on dit. Le problème, c’est que dans un pays comme la Chine, la transparence est la chose la plus difficile à mesurer. 

Nicolas Poincaré