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"Expliquez-nous": la présence de l'armée américaine dans le monde

Le curieux cafouillage américain. L'armée américaine a annoncé lundi soir son prochain retrait d’Irak. Alors que Donald Trump venait  au contraire de confirmer le maintien de ses troupes dans le pays. Que s’est il passé?

C’est une boulette. Le patron des forces américaines en Irak a envoyé une lettre au patron de l’armée Irakienne pour lui annoncer son prochain retrait. “Nous respectons à décision souveraine de votre parlement ordonnant notre départ” écrit le général américain, et il faut maintenant nous organiser. Stupeur, immédiatement partout, parce que Donald Trump venait de dire le contraire, et même de menacer l’Irak de terribles sanction si l’armée américaine devait être chassée du pays. 

Finalement les militaires américains ont fait savoir que cette lettre était une erreur. Qu’elle avait été écrite au cas où, mais qu’elle ne devait pas être envoyée. C’était donc une gaffe, une boulette. 

Mais qu’elle est la vérité ? Les Américains vont-ils quitter l’Irak ? La lettre prouve que l’hypothèse existe et que les militaires s’y préparent. Mais les militaires se préparent toujours à tout, et ce n’est pas l’hypothèse la plus probable. D’abord parce que quand l’armée américaine plante son drapeau quelque part, c’est pour y rester. C’est vrai partout dans le monde, mais encore plus au Moyen-Orient. Et la raison de l'escalade terrible à laquelle on assiste, c’est que les Iraniens ont sans doute sous-estimé ce principe absolu.

Il y a un peu plus de deux mois, les Iraniens et leurs milices en Irak ont commencé à harceler les bases américaines avec des tirs de roquettes et des manifestations hostiles en espérant les pousser hors d'Irak. La suite, on la connaît : les Américains ne se sont pas laissé faire. Ils ont fini par riposter violemment en tuant 29 miliciens. Puis en exécutant avec un drone ce général iranien vendredi à Bagdad. Tout cela pour faire comprendre que l’armée américaine n’avait pas l’intention de se faire virer du pays.

Pas de regret des troupes en Syrie

Donald Trump, qui s’exprime toujours sans filtre, l’a dit dans l’avion qui le ramenait de vacances. “Nous avons en Irak une base aérienne extraordinairement chère, qui nous a coûté des milliards de dollars à construire et nous n’allons pas l’abandonner". Et pour bien faire passer le message, un pont aérien s’est aussitôt mis en place entre la Floride et le Koweït. 3750 parachutistes américains sont en cours de déploiement. Près à venir épauler les 5200 Américains déjà en Irak.

Pourtant en octobre Donald Trump avait annoncé le retrait des troupes américaines de Syrie. C’est ce qu’il avait dit, pas ce qu’il a fait. En octobre, sans prévenir personne, il avait retiré un millier d’hommes des forces spéciales du nord de la Syrie. Parce que, disait-il, il fallait faire rentrer les boys à la maison, c’était une de ses promesses de campagne. Et parce que cette guerre ne servait plus à rien. 

Finalement où sont allés ces 1000 soldats? 400 ont simplement traversé la frontière pour rejoindre les bases américaines en Irak et les 600 autres sont finalement restés dans le nord de la Syrie. Trump a de nouveau expliqué les choses très clairement. Il a dit : “Nous gardons le pétrole. Nous avons le pétrole, le pétrole est sécurisé, nous avons laissé nos troupes seulement pour le pétrole”. Fin de citation. Dans cette affaire, Trump a réussi l’exploit de trahir et d'abandonner ses alliés Kurdes, sans faire rentrer un seul soldat à la maison pour Noël. 

Plus de 1000 bases dans le monde

Donald Trump avait aussi promis pendant sa campagne de retirer ses troupes d’Afghanistan. 

Et il a failli le faire, mais failli seulement. Le 11 septembre dernier, il devait signer un accord de retrait avec les talibans Afghans à camp David. L'opération a été annulée au dernier moment parce que les Talibans exigeaient un retrait total et que les Américains ne se retirent jamais totalement. Résultat pas de retrait. Les Américains au contraire sont passés de 8 à 14.000 hommes depuis l’arrivée de Trump au pouvoir. Et en réalité, ils sont trois fois plus nombreux si l’on compte les contractors, les militaires privés. Cette guerre dure depuis 20 ans, 2400 soldats américains sont morts. Et le coût total vient de franchir la barre des 1000 milliards de dollars. 

L'Afghanistan et l’Irak se sont les deux grands voisins de l’Iran. À l’est et à l’ouest. Les Américains n’ont pas l’intention de quitter ces pays stratégiques. Ils sont aussi présents en Turquie, voisin de l’Iran, au Koweït quasi-voisin de l’Iran, en Arabie Saoudite, à Bahreïn, aux Émirats Arabes Unis, à Djibouti. Bref, l'armée américaine est partout dans la région, partout autour de l’Iran. Et le président qui promettait la fin de cette politique est en train de devenir celui qui renforce le plus les effectifs.

Et il n’y a pas qu’au proche orient que les militaires américains sont installés. Ils ont environ 1000 bases à l'étranger. En Europe, ils sont venus nous libérer du nazisme en 45 et ils ne sont plus jamais partis. Sauf de France lorsque de Gaulle leur a poliment demandé de s’en aller. Mais ils sont encore 30.000 en Allemagne et le chiffre va augmenter cette année. Ils étaient venus dans ce pays pour une opération ponctuelle en 1999, mais à peine arrivés, en quelques semaines, ils ont rasé deux collines pour construire une base militaire qui ressemble à une ville et qui est toujours là 20 ans après. Ils étaient venus dans ce pays pour une opération ponctuelle en 1999, mais à peine arrivés, en quelques semaines, ils ont rasé deux collines pour construire une base militaire qui ressemble à une ville et qui est toujours là 20 ans après.

Depuis la dernière guerre mondiale les militaires américains sont aussi 40.000 au Japon, 24.000 en Corée du Nord, L’Amérique est le seul pays au monde capable d’avoir une présence militaire planétaire. C’est leur doctrine, d'être présent partout, quelqu'en soit le prix.

Nicolas Poincaré