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"Expliquez-nous": la SNCF, une entreprise qui a la culture de la grève

La grève à la SNCF commence dès ce soir et elle sera très suivi demain avec entre zéro et 10% des trains qui rouleront. La SNCF est une entreprise championne de la grève. Expliquez-nous pourquoi.

Parce que c’est historique. Dès la création de compagnie de chemin de fer, les cheminots se sont organisés et syndiqués, c’était l’aristocratie de la classe ouvrière. 

Et lorsqu’on a créé la SNCF en 1937, on a enfanté un mastodonte de plus de 500.000 salariés, quatre fois plus gros qu’aujourd’hui, où le dialogue sociale a toujours été musclé. Tout s’est toujours négocié en déposant des préavis de grève.

Tout a toujours été conflictuels entre une direction très bureaucratique, très centralisé avec des polytechniciens et des fonctionnaires, et en face des syndicats organisés qui ont négocié le statut, le régime de retraites, les indemnités, les repos, les congés, le comité d’entreprise, les colonies de vacances. L’histoire de la SNCF c’est l’histoire d’un constant rapport de force

Résultat: au cours de ces dix dernières années, la SNCF a connu 2,7 millions de jours de grève ! 

Oui c’est énorme ! Ça représente 160 jours de grève pour 100 salariés par an. Environ 10 fois plus que la moyenne nationale. Et la moyenne Française est déjà 7 fois supérieur à la moyenne allemande. La SNCF est certainement parmi les grandes entreprises championne du monde du conflit sociale.

660.000 jours de grève l’an dernier lors du mouvement perlé au printemps. Deux jours de grève par semaine pendant deux mois. 500.000 en 2010, avec un grand mouvement contre la réforme des retraites. 400.000 jours de grèves en 2007 à cause de la reforme du régime spécial des retraites. 

Autant en 2003 contre la réforme Fillon. réforme des retraites. 1 million de jours de grève en décembre 1995. reforme des régimes spéciaux. Presque 5 millions de jours de grève en mai 1968. 3 millions en 1953 et en 1947. Je vous disais que ça ne date pas d’hier. 

Le mois dernier la cours des compte a rendu un rapport très sévère sur les relations sociale à la SNCF…

Et pour cause ! Vu les chiffres qu’on vient de citer, difficile de dire que tout se passe bien. La cours des compte dénonce une gestion du personnel rigide de la part de la direction.

Un fonctionnement sans souplesse avec un dictionnaire des filières qui décrit les différents métiers en détails. Il y a 11 filières, 26 spécialités et 250 grades. Il y a surtout 1.200 accords locaux négociés au fils des ans et des grèves. Par exemple en Picardie mais seulement en Picardie, les personnels roulant comptent en heure de travail le trajet entre la gare et l'hôtel quand ils découchent.

Sur le réseaux nord et seulement sur le réseau nord, lorsqu’il y a un jour de grève, les contrôleurs sont dispensés de contrôler la veille et le lendemain de la grève.

De négociations sont en cours pour revenir sur ces accords locaux, mais souvenez vous. En octobre la direction a voulu supprimer 12 jours de RTT supplémentaires dont bénéficient les ouvriers du centre de maintenance des TGV de Châtillon et tout le réseau ouest a été paralysés. Les 12 jours de RTT ont été rétabli…

Pour illustrer cette univers kafkaïen on pourrait aussi parler des primes. Il y en a une centaine au moins, des primes, des indemnités, des allocations des gratifications. Indemnités par exemple si vous prenez vos congés hors vacances scolaires. 

Indemnité si vous parlez une langues étrangère. 74 euros 94 par mois pour l’anglais, l’allemand ou l’arabe, 59 euro 27 pour l’Espagnol et le Portugais.

Mais le principale avantage des agents de la SNCF, c’est le régime spéciale de retraite. C’est pour le défendre qui font grève à partir de demain... 

Oui, régime négocié à l’époque des locomotives à charbon, il prévoit effectivement un départ à 52 ans pour les roulants, 57 pour les autres. 

Mais la réforme Sarkozy de 2008 a changé la donne. il faut maintenant avoir travaillé 42 ans pour y avoir droit a taux plein. Et bientôt 43 ans. La retraite à 52 ou 57 ans est donc très théorique.

Les syndicats avaient naturellement fait grève contre cette réforme Sarkozy. Mais ils avaient perdu. Ils ont aussi perdu en 2003 et l’an dernier il n’ont pas obtenu grand chose.

Il y a beaucoup de grèves dans cette entreprise mais ce ne sont pas toujours les syndicats qui gagnent. 

Nicolas Poincaré