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"Expliquez-nous": quatre géants de l’industrie pharmaceutique évitent un procès historique sur les opiacés

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Les opiacés commercialisés par quatre laboratoires pharmaceutiques sont soupçonnés d'avoir tué plus de 400.000 personnes aux Etats-Unis.

Cela devait être le procès du siècle à Cleveland. Le public faisait déjà la queue lundi pour entrer dans la salle d’audience lorsque le juge a annoncé qu’un accord avait été trouvé à la dernière minute avec les deux premiers plaignants, deux collectivités territoriales de l’Ohio qui vont toucher 200 millions de dollars.

Cet accord ouvre la voie à des arrangements avec les 2500 autres plaignants, des Etats, des villes des comtés, des hôpitaux. En tout, les trois entreprises américaines et une israélienne devraient débourser 48 milliards de dollars.

Que reproche-t-on à ces entreprises ?

On reproche aux quatre géants de l'industrie pharmaceutique, d’avoir vendu sans se poser de questions des médicaments antidouleur à base d’opiacés de synthèse. C’est à dire d’opium artificiel… Des produits qui ont obtenu l’autorisation de mise sur le marché pour lutter contre les fortes douleurs pour les malades de cancers ou après une opération, mais des médicaments qui provoquaient une très forte accoutumance et qui très vite ont été utilisé comme une drogue. On parle d’un effet 50 fois plus puissant que l'héroïne et très euphorisant.

Le résultat a été absolument catastrophique. Environ 400.000 personnes sont mortes d'overdose en 20 ans. Des millions de drogués accros, vont parfois se piquer devant la porte des hôpitaux pour pouvoir être pris en charge en cas de problème. Des centaines de milliers d’enfants ont été retirés à leur parents. Tout le pays a été touché mais surtout les classes moyennes, l’Amérique des petites villes.

Le coût pour la collectivité a été estimé à 150 milliards par an ces quatre dernières années. On pourrait comparer ce procès à celui en France du laboratoire Servier dans l’affaire du Mediator, mais avec des répercussions 100 fois supérieures.

Au cœur du scandale, une famille, propriétaire d'un labo pharmaceutique

Une famille, la famille Sackler, dont l'histoire ressemble à un roman, est au cœur du scandale

Au départ il y a un monsieur Sackler qui fuit la Pologne peu avant la Première guerre mondiale. Il s’installe à Brooklyn dans la banlieue de New York et a trois fils, Arthur, Raymond et Mortimer. Les trois enfants vont devenir des psychiatres reconnus. Ils publieront 150 publications scientifiques à eux trois. 

Mais l’un d’entre eux, Arthur, est en plus très doué pour le marketing et la publicité. En fait il va inventer la publicité médicale qui consiste à s’adresser aux médecins pour les encourager à prescrire un médicament. Il va faire un malheur avec le valium, qui va devenir le best-seller des anxiolytiques. Ils vont aussi gagner beaucoup d’argent avec des laxatifs.

Quand Arthur meurt à la fin des années 80, son neveu Richard lui succède et invente le fameux oxycontin, un antidouleur opiacé qui va rapporter 35 milliards de dollars à la famille grâce à l'une des campagnes marketing les plus agressives de l’histoire des médicaments. Un millier de commerciaux sont embauchés et invitent les médecins, leur payent des vacances de luxe, financent les congrès médicaux. Une note interne a été retrouvé. Elle conseillait à ces commerciaux de viser les patient les plus naïfs.

Et on connaît le résultat. Les plus naïfs sont tous morts et leurs enfants sont orphelins...

Aujourd’hui l’entreprise de la famille Sackler s’est mise en faillite. Les descendants de la troisième génération, les petits enfants des trois psychiatres se déchirent et un grand procès devrait avoir lieu à New York au printemps prochain.

Nicolas Poincaré