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Bientôt des jeux vidéo sur ordonnance?

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La technologie a clairement un rôle à jouer dans la détection de certaines maladies. Les jeux vidéo par exemple peuvent aider à repérer la maladie et à en limiter les symptômes.

Des jeux vidéos peuvent-ils avoir un rôle dans la détection de maladies ou leur traitement? C'est ce que pensent en tout cas plusieurs scientifiques. On ne parle pas la de Fortnite ou de League of Legends mais de "serious games", ou de "jeux thérapeutiques", des jeux spécifiquement conçus à des fins médicales et dont certains sont déjà considérés comme dispositifs médicaux.

En premier lieu, on retrouve un jeu qui s’appelle "Sea Hero Quest", créé par des neuroscientifiques pour repérer la maladie d'Alzheimer et auquel on peut jouer sur smartphone ou tablette, où l'on joue le rôle d’un capitaine de navire. Le but étant de mémoriser sur une carte le trajet d’un bateau et de le faire passer par des points précis, avec différents niveaux de difficulté. Cela va permettre de mesurer les capacités d’orientation dans l’espace, la mémoire, de faire travailler différentes parties du cerveau qui sont affectées par Alzheimer. Et donc de détecter certains signes précoces de la maladie.

Ce que montrent les résultats, c’est qu’à âge égal, les joueurs qui obtiennent un mauvais score ont plus de prédisposition à la maladie d’Alzheimer, même quand les tests classiques ne décèlent rien. Cela peut donc être un mécanisme d’alerte précieux.

Ensuite, il y a des jeux qui vont servir à accompagner au quotidien les patients atteints de maladies neurodégénératives pour lesquelles on n’a pas de traitement. Il existe ainsi X-Torp du français Curapy, où l'on pilote un sous-marin qu’on déplace avec les mouvements du corps. Notamment testé au CHU de Nice et d’Angers, il est considéré comme un dispositif médical, une thérapie non-médicamenteuse, car il fait travailler la motricité, les repères spatiaux, la mémoire, la rapidité.

On peut aussi citer MyCyberRoyaume. Dans ce jeu, on va se retrouver dans une simulation de vie très simple où l'on peut faire ses courses au supermarché, jouer à la pétanque, jardiner. Ces situations vont faire travailler le cerveau et ralentir la progression de certaines maladies neurodégénératives. Ces outils sont aujourd’hui utilisés en EHPAD ou dans des services d’accompagnement à domicile.

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De nombreuses maladies concernées

On parle désormais de "médicaments numériques". Quelques exemples concrets : Ubisoft pour soigner l’amblyopie, un trouble de la vision, qui limite la capacité à voir en trois dimensions parce qu’un œil est plus faible que l’autre a conçu un jeu vidéo, Dig Rush. Ce jeu se joue avec des lunettes aux verres rouges et bleus qui font que le joueur ne voit le personnage qu’avec son œil faible, et qui va forcer les yeux à se coordonner, entraîner le cerveau à travailler différemment. Au bout d’un certain temps de jeu, le trouble disparaît. Beaucoup plus sympa que le traitement habituel, qui consiste à mettre un patch sur l’un des yeux pour forcer l’autre à travailler.

Pour les malades de Parkinson, il y a un jeu qui s’appelle Toap Run, où le patient incarne une taupe qui va devoir éviter des obstacles en réalisant des mouvements devant la console, ce qui améliore l’équilibre et limite les risques de chute. C'est un jeu considéré considéré comme dispositif médical de classe 1 avec marquage CE...

Bientôt des jeux remboursés par la sécu?

Cela pourrait arriver, s’ils font preuve de leur efficacité. Des jeux vidéo sur ordonnance, c’est déjà le cas aux Etats-Unis. Il y a quelques mois, pour la première fois, l’autorité américaine du médicament a autorisé les médecins à prescrire un jeu vidéo aux enfants atteints de troubles du déficit de l’attention. Un jeu où l’on contrôle un petit vaisseau spatial qui doit passer tout un tas d’obstacles, destiné aux enfants de 8 à 12 ans.

Les mécanismes du jeu ont été spécifiquement conçu pour solliciter la concentration de l’enfant sur plusieurs tâches à la fois, renforcer son niveau d’attention et la concentration. Sur l’une des études –menée pour le compte de l’éditeur- un tiers des enfants "traités" par ce jeu vidéo, ne montraient plus aucun trouble de l’attention mesurable après avoir joué pendant un mois, à raison de 25 minutes par jour, 5 jours par semaine.

Comme pour tout médicament il a fallu de longues études et phases de tests. Là il a fallu 7 ans d’essais cliniques sur plus de 600 enfants. Attention quand même : les essais cliniques indiquent aussi que le jeu vidéo ne peut pas remplacer ou se substituer aux traitements traditionnels, mais ça peut venir en complément...

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Anthony Morel