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Caroline Fourest sur les César: "C'est triste que les hommes, les femmes, les Juifs, les Noirs, les Blancs n'aient pas vu la même soirée"

L'écrivaine Caroline Fourest était l'invitée des Grandes Gueules ce mercredi et a évoqué les différentes polémiques entourant la cérémonie des César vendredi dernier.

Une fête du cinéma pas très joyeuse. L'attribution du César de la meilleure réalisation à Roman Polanski a suscité protestations, polémiques et mécontentements, du monde du cinéma au mouvement féministe, jusqu'au sein du gouvernement.

Une contestation qui est partie dans tous les sens, et les commentaires véhéments de toutes parts ont afflué pour commenter les différentes polémiques.

L'écrivaine Caroline Fourest était l'invitée des Grandes Gueules ce mercredi et a dénoncé cette violence partisane et aveugle qui empêche toute réflexion.

"A la base, l’art est censé permettre à tout le monde de s’élever au dessus de son identité"

"Voilà un exemple qui met en scène ce que j’essaie de dire dans mon livre. J’ai l’impression qu’il faudrait tous qu’on fasse un petit pas en arrière. Ca reste une soirée des César, plutôt une belle soirée à la base. Et ce qui est très triste c’est qu’on n’a pas du tout vu la même.
Le débat est intéressant. Si on était encore dans ce degré de subtilité ce serait: peut-on séparer l’art de la société ? Est-ce qu’on peut séparer l’artiste de l’oeuvre ? Est-ce qu’on peut séparer l’homme de l’artiste ? Débat fascinant.
Mais le débat aujourd’hui c’est que les gens n’ont pas vu la même soirée selon leur identité. Les hommes et les femmes n’ont pas vu la même soirée. Les Juifs n’ont pas vu la même soirée. Les Noirs n’ont pas vu la même soirée. Les Blancs n’ont pas vu la même soirée. Et ça c’est terrible car à la base, l’art est censé permettre à tout le monde de s’élever au dessus de son identité et d’avoir quelque chose en commun qui est l’imaginaire. Cette soirée, l’imaginaire a été brisé."

"Foresti a tenu à bout de bras une mission impossible"

L'essayiste ne prend le parti de personne mais a tenu à faire part de son choc en revanche concernant le traitement réservé à la maîtresse de cérémonie. 

"Je ne suis ni de ceux qui ont envie de jeter la pierre à Adèle Haenel car je comprends qu’elle se soit levée. Je n’ai pas envie de jeter la pierre à Fanny Ardent car elle parle sans donner de leçons à personne du fait qu’elle a eu le sentiment que ça allait trop loin dans le lynchage. Je n’ai pas envie de m’associer à ceux qui sont en train de cracher sur Florence Foresti, ça pour le coup ça me choque énormément.
Elle a tenu à bout de bras une mission impossible dans le contexte polémique de cette soirée. Oui elle a eu un humour culotté, mais ce qu’elle dénonce me paraît plus grave que le fait d’avoir été un peu loin avec de l’humour. De là à balancer son cachet pour la rappeler à l’ordre… Je trouve ça hyper mesquin, ça parle de l’époque dans laquelle tout le monde règle des comptes avec une violence inouïe. Soit en faisant fuiter les photos intimes de candidats, les textos..."
J.A.