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Certificats de virginité: "Écouter les femmes qui en font la demande est plus important que de punir les médecins"

Le gouvernement veut pénaliser les médecins gynécologues qui délivreraient des certificats de virginité. Une mauvaise stratégie estiment les praticiens qui craignent de mettre en danger les jeunes femmes qui en font la demande.

Dans le cadre du projet de loi contre les séparatismes, Gérald Darmanin veut "pénaliser" les certificats de virginité, ces certificats délivrés par certains médecins et garantissant la virginité d'une femme avant un mariage. Et le ministre de l'Intérieur vise les praticiens qui céderaient aux demandes familiales.

"Certains médecins osent encore certifier qu'une femme est vierge pour permettre un mariage religieux, malgré la condamnation de ces pratiques par le Conseil de l'Ordre des médecins. On va non seulement l'interdire formellement, mais proposer la pénalisation", affirme-t-il au Parisien.

Mais la réponse du ministre de l'Intérieur au problème n'est pas adaptée, juge Ghada Hatem, gynécologue et fondatrice de "La maison des femmes", une association qui recueille les femmes vulnérables ou victimes de violences. Elle estime que les racines du problème sont éducationnelles:

"Pourquoi est-ce qu’en 2020, la virginité est encore la valeur essentielle d’une jeune fille plutôt que leur culture et leur intelligence? Il faut plutôt agir sur l’éducation et faire en sorte que les jeunes filles n’acceptent plus ces demandes de leur futur conjoint", plaide-t-elle sur le plateau des "Grandes Gueules" de RMC, ce mardi, préférant délivrer des certificats tout en assurant un espace de liberté pour les jeunes femmes qui en font la demande.

"Dans la grande majorité des cas, les hymens sont perforés dès l’enfance"

"Quand une jeune fille est amenée par sa famille pour un certificat, on refuse! Mais si elle vient d’elle-même, notre rôle de médecin c’est d’écouter sa demande et de se demander pourquoi elle a besoin de ce certificat, de quoi elle est menacée, pourquoi elle accepte ce mariage. Ce qui est plus important que de délivrer ou non ce certificat, c'est de parler, notamment de laïcité, d'autonomie, de République et de liberté. Même si la jeune femme accepte ce mariage, elle sait qu’il y a un endroit où elle peut être écoutée et aidée. Et c’est tellement plus important que de punir les médecins", explique Ghada Hatem.

Cette pratique visant à faire vérifier par un examen gynécologique que l’hymen d'une femme n'a pas été perforé, censé révéler si elle a déjà eu des relations sexuelles, ne serait même pas efficace: "Dans la grande majorité des cas, les hymens sont perforés dès l’enfance ou encore plus à l’adolescence, il ne faut pas imaginer que lors du premier rapport l’hymen va éclater et que l’on va pouvoir dire, c’était fermé maintenant c’est ouvert", explique Laura Berlingo, gynécologue obstétricienne.

Selon le Conseil national de l’Ordre des médecins un examen de virginité "n'ayant aucune justification médicale et constituant une violation du respect de la personnalité et de l'intimité de la jeune femme, notamment mineure, contrainte par son entourage de s'y soumettre, ne relève pas du rôle du médecin. Le médecin doit refuser cet examen et la rédaction d'un tel certificat".

Guillaume Dussourt