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Coronavirus: le gouvernement a-t-il détruit des millions de masques utilisables?

Une enquête publiée par le journal Le Monde, dénonce la destruction de centaines de millions de masques par le gouvernement qui auraient pu être utilisés pendant la pandémie. Edouard Philippe a répondu à ces accusations et affirme que leur "date de péremption était dépassée". Les Grandes Gueules ont donné leur avis sur le sujet ce vendredi.

La gestion des masques fait partie des questions auxquelles le gouvernement devra répondre quand la crise sera terminée. Et l’enquête publiée ce jeudi dans la journal Le Monde rajoute de l’huile sur le feu. Selon le quotidien, des masques chirurgicaux auraient été brûlés en pleine crise du coronavirus. 

Tout commence en mai 2017, date à laquelle les stocks de l’Etat s’élevaient à 717 millions de masques, selon cette enquête. Parmi eux, 616 millions dataient de 2004-2005, sans date de péremption et 98 millions de 2014 ou 2016. "En mars 2020, il n’en restera plus que 117 millions. En moins de trois ans, les stocks ont été divisés par six", s’étonne le journal qui l’affirme: des millions de masques auraient été brûlés. La raison? L’expertise d’une entreprise belge aurait conclu à leur non-conformité. 

Pourtant, plusieurs voix remettent en cause cette conclusion. C’est notamment le cas de l’ancien directeur général de la Santé Benoît Vallet, cité par Le Monde: "Une part substantielle des 616 millions de masques datant de 2005-2006 aurait sans doute pu être mise en circulation". De plus, de nouvelles études menées ces derniers mois affirmeraient finalement la conformité de ces masques.

"Un certain nombre de masques qui avaient été commandés et stockés il y a fort longtemps avaient vu leur date de péremption dépassée"

Trop tard, les masques ont bel et bien été détruits. Seuls 19 millions auraient échappé à cette destruction, selon l’enquête du quotidien. 

Interrogé sur ce sujet, Edouard Philippe s’est expliqué ce jeudi: "Ce qu'il s'est passé, c'est qu'un certain nombre de masques qui avaient été commandés et stockés il y a fort longtemps avaient vu leur date de péremption dépassée, et parfois depuis très longtemps", a expliqué M. Philippe, en allusion à l'important stock constitué à partir des années 2000.

Et de poursuivre: "Quand vous les trouvez au printemps 2020, et qu'ils sont arrivés à péremption en décembre 2019, vous pouvez vous dire qu'il est peut être absurde de les détruire", a souligné le Premier ministre, précisant qu'ils avaient donc été testés par la Direction générale de l'armement (DGA) et l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et finalement gardés.

M. Philippe a également évoqué un stock de "360 millions de masques" chirurgicaux "dont les dates de péremption étaient antérieures" à décembre 2019. "On a regardé ce qui pouvait être utilisé. Il n'y en avait pas beaucoup parce qu'ils étaient déjà très anciens", a-t-il précisé.

Mais "un stock de 85 millions a pu être récupéré" et sera utilisé, "non pas comme masques chirurgicaux mais comme des masques grand public", a poursuivi le Premier ministre. "Les autres", c'est-à-dire environ 280 millions, "ne sont plus utilisables et ont vocation à être détruits le moment venu", a-t-il conclu. Une guerre des chiffres qui laisse donc dans le flou quant à la véracité de l'accusation des journalistes du Monde.

"Déjà en avril sur la question, Mediapart sortait un article où il évoquait les preuves d’un mensonge d’Etat"

Ce n'est pas la première fois que surgit une accusation de ce type, souligne Fatima Aït-Bounoua dans les "Grandes Gueules": "On parle de l’article du Monde mais déjà en avril sur la question, Mediapart sortait un article où il évoquait les preuves d’un mensonge d’Etat. Là on était sur les propositions d’importation qui ont été négligées, la pénurie cachée par les éléments de langage, la mauvaise gestion etc", rappelle-t-elle.

"Il ne faut pas non plus faire porter toute la responsabilité du drame des masques sur ce gouvernement"

Pour notre avocat Gilles-William Goldnadel, il ne faut pas pour autant accabler uniquement le gouvernement actuel puisque la problématique des masques remonte à l’époque où Roselyne Bachelot était au gouvernement et avait commandé un stock massif de masques pour la grippe A en 2010.

"Dans la tragédie française des masques, Madame Bachelot était à l’époque étrillée par son propre camp. Le sénateur LR Philipe Marini, tapait un rapport à boulet rouge sur Madame Bachelot donc il ne faut pas non plus faire porter toute la responsabilité du drame des masques sur ce gouvernement. Maintenant, est-ce qu’on a détruit improprement des masques qui étaient valides, c’est une possibilité".
Les Grandes Gueules (avec C.P.)