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Darmanin contre les journalistes à propose de la loi controversée sur la "sécurité globale: à quoi joue le gouvernement?

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La nouvelle loi sur la sécurité globale et l'intervention mercredi de Gérald Darmanin appelant les journalistes à se faire connaître auprès de la préfecture avant chaque manifestation, pourrai coûter très cher au gouvernement.

Malgré la crise sanitaire, le gouvernement ne chôme pas. La proposition de loi sur la sécurité globale et son tant décrié article 24 sont en cours d’examen à l’Assemblée nationale. Des heurts ont d’ailleurs éclaté mardi entre force de l’ordre et manifestants rassemblés à proximité du Palais Bourbon. Dans la foulée, Gérald Darmanin a demandé aux journalistes de se signaler auprès du préfet avant chaque manifestation.

"Un journaliste a fait savoir publiquement qu’il aurait été menacé de se faire interpellé. Ce journaliste ne s’était pas rapproché de la préfecture pour couvrir cette manifestation. Je rappelle que selon le schéma de maintien de l’ordre que j’ai évoqué, les journalistes doivent se rapprocher du préfet du département pour couvrir les manifestations. Pour se signaler et être protégés par les forces de l’ordre", a-t-il précisé mercredi lors d’une conférence de presse, évoquant cependant une procédure optionnelle.

Car les journalistes, qu’ils détiennent ou non une carte de presse sont, selon la loi, autorisés à couvrir les manifestations sur la voie publique. De quoi semer la confusion :

"Je crois que cela concerne ces nouveaux journalistes de rue apparus avec le net, que l’on a vu à l’époque des gilets jaunes et qui ont tendance à se focaliser sur les forces de l’ordre plutôt que les journalistes accrédité", croit savoir Mourad Boudjellal.

"Le gouvernement est en train de fertiliser le terreau de l’extrême-droite"

"C’est justement très problématique", lui répond Isabelle Saporta elle-même journaliste. "Ils sont en train de dessiner deux types de journalisme. Le journalisme "mainstream" qui aura le droit de rester dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse et les nouveaux journalistes qui sont visés spécifiquement par cette loi".

"Dans un pays comme le nôtre, en train de sombrer dans le complotisme à cause de la faillite des élites, le gouvernement répond en classant les journalistes. Avec ceux qui seront accrédités et vus comme vendus au pouvoir et les autres. Je ne comprends pas à quoi joue le gouvernement. Il voudrait que notre pays sombre dans le complotisme il ne ferait pas autrement", ajoute-t-elle.

Une stratégie qui pourrait avoir de lourdes répercussions pour le gouvernement d’Emmanuel Macron alors que les prochaines élections présidentielles ont lieu dans un et demi: "Aujourd’hui on se dit qu’en 2022 Macron contre Le Pen cela devrait aller. Mais il faudrait que le Président se rende compte qu’il est en train de créer un mouvement sur le "Tout sauf Macron". Il est en train de fertiliser le terreau de l’extrême-droite", estime Mourad Boudjellal.

Les propos de Gérald Darmanin ont fait réagir de nombreux journalistes, fustigeant l'injonction à se déclarer en préfecture qui craignent des débordements et des arrestations arbitraires, notamment de journaliste. Mardi déjà, à l'occasion de la manifestation contre la proposition de loi sur la sécurité globale, c'est un journaliste de France 3 qui a été interpellé et placé en garde à vue.

Dans la foulée, François Desnoyers, le directeur du réseau régionale de France 3, a condamné au nom de France Télévisions "cette restriction des droits de la presse et l’obstruction au bon exercice du droit d’informer".

Guillaume Dussourt