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Etat d’urgence: "on ne fait plus tellement attention à ce qui peut être privatif de liberté"

Vendredi matin, un individu armé d’un couteau a attaqué quatre militaires en faction au Carrousel du Louvre. Invité des Grandes Gueules, l’avocat Eric Dupond-Moretti défend l’idée que malgré l’état d’urgence, il faut être attentif à ce qui peut être "privatif de liberté."

Pour la sortie de son livre Directs du droit (ed. Michel Lafont), l’avocat Eric Dupont-Moretti était l’invité des Grandes Gueules vendredi. L’occasion pour lui de présenter sa vision de l’état d’urgence, en vigueur depuis le 14 novembre 2015. Pour lui, il faut "quitter un peu les rives du sécuritaire en permanence" 

"Il y a ce que j’appelle la 'bataclanisation' des esprits. On est tellement dans le choc, dans le chagrin, dans la douleur après ces attentats qu’on ne fait plus tellement attention à ce qui peut être privatif de liberté. 80% des Français accepteraient d’être écoutés en permanence parce qu’ils n’ont rien à se reprocher. Moi je dis: 'que vous raisonnez mal! C’est justement parce que je n’ai rien fait que je ne veux pas être écouté.' On ne peut pas transiger sur tout. Il faut quitter un peu les rives du sécuritaire en permanence."

L'avocat critique également un système où les policiers sont contrôlés par d'autres policiers. "Sur l’état d’urgence, moi j’ai toujours dit que j’étais pour le renforcement des moyens de la police. Bien sûr on a vu dans les dernières affaires qu’il y avait des failles, faute de moyen. Qui peut être contre ça? Certainement pas moi. Ce qui me choque, c’est que ce soit la police qui contrôle la police. Montesquieu avait exprimé cette idée en disant que 'tout homme qui a du pouvoir est tenté d’en abuser'. Il y a eu des abus, notamment sanctionné par la juridiction administrative".

Enfin, il revient sur le discours récurrent disant que les terroristes sont "des salopards qui ne respectent rien." "Sur cette volonté d’être campé sur le droit, le grand discours du café du commerce qui dit que ces gens-là sont des salopards qui ne respect rien... Oui c’est vrai, mais ce qui distingue la civilisation de la barbarie, c’est la règle de droit."

Les Grandes Gueules avec A. B.