RMC

Formulaire sur la radicalisation à l'université de Cergy: "Les profs ne sont pas là pour espionner leurs étudiants"

L'université de Cergy-Pontoise a reconnu lundi une maladresse après la diffusion d'un message à ses personnels visant à détecter des "signaux faibles de radicalisation".

Absentéisme récurrent aux heures de prière, changement de tenue vestimentaire, arrêt de l'alcool… Autant de critères présentés comme des signes de radicalisation par l'université de Cergy. "Appel à la vigilance": voici l'objet du mail reçu lundi par les 1.800 personnels de l'université, en provenance de la boîte mail du responsable sécurité, également "référent radicalisation" de l'établissement. Y étaient détaillés les différents types de "menaces d'attaques terroristes", notamment la "menace endogène", c'est-à-dire directement liée aux personnes fréquentant l'université.

Dans un fichier Excel attaché étaient listés des "signaux faibles" susceptibles d'alerter, par exemple un changement de tenue vestimentaire (le port de pantalon dont les jambes s'arrêtent à mi-mollets pour un homme, l'apparition d'un voile pour une femme), l'arrêt de la consommation d'alcool, un intérêt soudain pour la religion ou un absentéisme récurrent aux heures de prières...

"Cette grille est absolument ridicule"

Pour Marie-Anne Soubré, c'était prévisible: "Il fallait s'y attendre. Quand le président a appelé à une 'société de vigilance', j'ai eu des craintes sur la façon dont ça allait être interprété. Le problème, c'est qu'il y a toujours le zèle, l'interprétation. Cette grille est absolument ridicule, elle va placer les fonctionnaires à une place qui n'est pas la leur. Ils ne sont pas là pour surveiller leurs étudiants".

"La meilleure de toutes les questions étant: dissimulation des signaux faibles. C’est-à-dire que l'enseignant serait capable de voir que la personne aurait des signaux faibles mais serait en train de les dissimuler. C'est délirant. On arrive à une société d'espionnage où tu places des espions minables, ce n'est pas leur travail", a-t-elle aussi pointé.

Depuis, l'université a indiqué avoir retiré le document polémique.

La semaine dernière, Emmanuel Macron avait appelé "la Nation tout entière" à "faire bloc" pour combattre "l'hydre islamiste", lors d'un hommage aux quatre fonctionnaires tués à la préfecture de police. Il avait appelé à bâtir "une société de vigilance".

Paulina Benavente