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Magyd Cherfi: "Quand Sarkozy parle de Gaulois, il veut rassurer les Français blancs et catholiques"

L'écrivain et parolier du groupe Zebda, Magyd Cherfi, était l'invité des Grandes Gueules ce mercredi pour présenter son livre "Ma part de Gaulois" (édition Sud). Un hasard, au surlendemain de la déclaration de Nicolas Sarkozy, qui a affirmé lundi que "quand on devient français, nos ancêtres sont Gaulois". Pas si simple, pour Magyd Cherfi.

"Quand un beur dit 'Je suis Gaulois', il y a forcément de l'humour parce qu'on n'y croit pas nous-mêmes. Nicolas Sarkozy, lui ne rigole pas quand il dit ça. Qu'est-ce que c'est un Gaulois? Juppé parlait, lui, de la 'France éternelle'. Donc ça veut dire que nous les beurs nous sommes exclus. Nous on lit entre les lignes, on sait qu'ils disent blanc et catholique. C'est une façon de rassurez des Français, assez nombreux, en leur disant: 'rassurez-vous on tient la baraque et ça ne bougera pas'.

Mais la France bouge, et donc ils se cognent contre un truc qui avance inexorablement. Et oui, il y a de plus en plus de blacks, de beurs, de musulmans. Mais tous ces musulmans sont peut-être dignes de ce nom.

Et est-ce qu'on peut arborer un drapeau algérien pendant un match de foot, tout en étant un Français digne de ce nom? C'est ça la question qu'il faut poser à Nicolas Sarkozy. Pendant les matchs de foot, j'ai envie de sortir le drapeau algérien - même si je me sens plutôt France -, mais je ne le fais pas parce que je sais qu'on va me dire 'oh le mauvais français'.

"Nous sommes complètement paumés"

Moi je me sens Gaulois parce que l'école républicaine laïque m'a fait exister. J'ai la République dans les veines, mais mes amis, mes cousins, ma famille sont quand même dans une espèce de suspicion générale, parce que la France raconte des histoires de Gaulois et qu'on ne s'y sent pas reflétés.

Pendant la manifestation qui a suivi les attentats contre Charlie Hebdo, je suis allé manifester, j'étais plus blanc et Français que jamais, et mes amis de gauche m'ont dit d'un regard exaspéré: 'Mais vous êtes où'? Tout à coup on s'adressait à l'arabe, au musulman. Il y avait besoin d'imaginer des musulmans et des arabes pour faire cette espèce d'unanimité républicaine. Désolé je suis athée, je suis Français, je suis Gaulois.

A un moment vous demandez qu'il y ait une communauté, et un autre moment vous dites 'on ne veut pas de communautarisme'. Donc nous sommes complètement paumés.

"Il faut rendre caduque la France éternelle"

On naît Français, et au fil de la vie et le long des discriminations on devient de moins en moins Français. Il faut que la nation donne des signaux: il y a Marianne, le bonnet phrygien, le drapeau tricolore. Il n'y a pas moyen de dire à tous ces mômes venus d'ailleurs: 'On va rajouter des symboles pour que vous ayez un reflet dans la République'. Le récit français on le bouge. On passe à autre chose. C'est la modernité".

P. G. avec les GG