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Olivier Weber, reporter de guerre: "Daesh, ce sont des mafieux"

Tout juste de retour d'Irak, Olivier Weber, correspondant de guerre français, était l'invité des Grandes Gueules sur RMC ce mardi. Il l'assure, Daesh "est une armée aguerrie" dont l'occident a sous-estimé la puissance.

Si l'on parle d'organisation État islamique, c'est bien "une armée conventionnelle" qui se dresse face à la coalition internationale et qui tente d'élargir les "frontières" de son califat. C'est ce qu'a pu constater en Irak le journaliste et correspondant de guerre Olivier Weber, auteur de L’enchantement du monde (éd. Flammarion) et invité ce mardi des Grandes Gueules. "Daesh est une armée conventionnelle avec des centaines de blindés, et des milliers, dit-on, de Humvees, ces jeeps américaines qu'on voit dans les séries, qui servent de voitures béliers pour déclencher les explosifs sur la ligne de front", raconte-t-il. D'ailleurs, "dans l'état-major de Daesh il y a peut-être plus de laïques de l'ancien état-major de Saddam Hussein (l'ancien dictateur irakien déchu), que de fondamentalistes. C'est une dualité contradictoire, mais ça fait une armée aguerrie".

Une armée qui dispose d'un immense réservoir de fantassins prêt à le servir via le jihad. "Tous les mois un millier d'étrangers arrivent chez Daesh. Sur les 30.000 combattants de Daesh, il y a 5.000 étrangers, explique le correspondant de guerre. Ils sont souvent tués parce qu'ils sont envoyés en première ligne".

Le pêché originel des occidentaux ? "Avoir laissé Mossoul tomber"

Le journaliste explique que les occidentaux n'ont pas assez pris au sérieux Daesh. Surtout, ils ont commis "une grosse erreur" en laissant ses sbires prendre possession de Mossoul, la grande ville du nord-est du pays, en 2014. "Mossoul était défendue par 36.000 soldats irakiens qui ont fui devant quelques centaines de combattants de Daesh", rappelle Olivier Weber. C'est ainsi que Daesh "s'est recapitalisé, en prenant 500 millions de dollars en cash dans les sous-sols de la banque de Mossoul, plusieurs centaines de tanks dit-on, et un milliard (sic) de dollars d'armement".

Cette prise de Mossoul a donc offert une nouvelle puissance à l'EI, qui tire également ses gigantesques revenus - "environ 2 milliards de dollars de trésor de guerre", selon Olivier Weber -, des puits de pétrole qu'il contrôle. "Les contrebandiers qui revendent le pétrole peuvent récolter jusqu'à 200.000 à 300.000 dollars par mois". Mais aussi du phosphate et du coton. Voilà pour les matières premières, mais les rançons des prises d'otages qu'ils ne tuent pas, leur rapporte également de l'argent. Ce qui fait dire à Olivier Weber, que "Daesh, ce sont des mafieux".

"4.000 à 7.000 dollars par mois pour un sniper"

D'ailleurs, certains combattants de l'EI gagnent très bien leur vie. Le journaliste prend l'exemple des snipers tchétchènes, "qui sont payés entre 4.000 et 7.000 dollars par mois" pour leur sale besogne. Des bons salaires et la promesse "d'une aventure" qui, au-delà des revendications religieuses, attirent nombre de jeunes du monde entier, et notamment de France. "On a un peu sous-estimé, et je pèse mes mots, l'attraction et le côté aventure que représente le désert, le sable, pour les jeunes de banlieue", pense Olivier Weber. "C'est totalement illusoire, puisque les femmes deviennent des esclaves, notamment sexuelles, et les jeunes hommes se font tuer ou deviennent des lâches parce qu'ils tuent des civils".

Toutefois, il en est persuadé, "Daesh aura une fin, proche ou moins proche, par cette dynamique des terroristes qui mettent en péril toute l'organisation". Selon lui, "il suffirait de s'allier à quelques tribus sunnite et surtout d'armer un peu plus les Kurdes pour leur permettre de mettre à bas Daesh".

Philippe Gril avec les GG