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"On a reçu un mail de Mulhouse, ça a mis le feu aux poudres": le jour où l'épidémie de Covid-19 a basculé en France

Dans les Grandes Gueules, le professeur Adnet a rappelé "l'enfer" qu'a été la première vague. Il décrit des scènes qu'il n'avait jamais vu en 30 ans de carrière.

"Ce n’est pas la faute des Français, je ne suis pas là pour les culpabiliser mais on paye surement un certain relâchement cet été". Le professeur Frédéric Adnet était l'invité du Grand Oral des Grandes Gueules ce lundi 12 octobre sur RMC.

Si la situation sanitaire dû au coronavirus se dégrade aujourd'hui en France, le directeur médical du SAMU de la Seine-Saint-Denis ne veut pas trop pointer du doigt le comportement des Français. Mais "ce qui est sûr, nuance-t-il, c’est que si tous les gestes barrières étaient réellement respectées, on arriverait à endiguer la maladie pour qu’on puisse absorber ces patients".

"Mais un jour, on a reçu un mail de Mulhouse..."

Si beaucoup de spécialistes se projettent sur ce qu'il pourrait se passer de pire dans les prochaines semaines, Frédéric Adnet est lui revenu sur la première vague qu'a subit le pays il y a 6 mois. 

"En 30 ans de carrière, je n’ai a jamais vécu ce qu’on a vécu au mois de mars. C’était un enfer. On était (pourtant) prêt face aux épidémies. Les plans étaient là, on mettait nos tenues, il y avait des procédures bien écrites. Mais le dénominateur commun à toutes ces épidémies c’est qu’on n'avait vu aucun patient".

Sauf qu'un beau jour, est arrivé ce qui est arrivé.

"On a reçu un mail de Mulhouse qui décrivait la situation où les hôpitaux étaient submergés. Ça a mis le feu aux poudres. Dans l'Est, ils se posaient des questions de choix éthiques entre les patients qu’il fallait réanimer".

"Des patients mourraient dans nos bras"

"Quand ça a touché Paris, j’ai vu arriver ce que je n’avais jamais vu auparavant, raconte-t-il: c’est-à-dire une marée de patients tous plus graves les uns que les autres. Ils étaient jeunes, moins jeunes, des patients qui mourraient dans nos bras...".

"Globalement, on avait 100 patients qui avaient le Covid qui arrivaient par jour. Aujourd’hui, c’est 5, dit-il. Les patients graves sont toujours les mêmes. Ce sont des personnes âgées qui ont des comorbidités.

"On a appris à connaître cette maladie"

Le professeur Adnet décrit également la façon dont les médecins ont appris de ce virus et ont su changer leur façon de traiter les patients.

"À l’époque, on n’y connaissait rien. On intubait jusqu’à 10 fois par jour. Aujourd’hui, c’est un par semaine. On a appris à connaître cette maladie. Maintenant, on se dit qu’il faut retarder au dernier moment pour intuber et essayer d’autres techniques avant. C’est comme ça qu’on a réussi à faire baisser le taux de mortalité".

Mercredi à 20h, Emmanuel Macron prendra la parole à la télévision. Le risque de revoir ce genre de scène est une réelle préoccupation pour le gouvernement et les autorités sanitaires. Après de nombreuses villes déjà, Toulouse et Mulhouse sont désormais, elles aussi, placées en vigilance maximale".

Maxime Trouleau