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Un Guantanamo à la française? "La droite a tort, il faut faire des choses réalisables"

Pour Christophe Barbier, il faut revenir à des renseignements de proximité pour lutter contre le terrorisme.

Pour Christophe Barbier, il faut revenir à des renseignements de proximité pour lutter contre le terrorisme. - -

Après les attentats successifs qu'a connu la France, des élus de droite réclament notamment d'enfermer préventivement les individus fichés S pour terrorisme. Une idée contre laquelle se place Christophe Barbier, invité des Grandes Gueules vendredi, pour qui la clé contre le terrorisme passe notamment dans le renseignement.

Depuis l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, la droite est revenue à la charge. Laurent Wauquiez en tête a défendu à l'Assemblée nationale le principe de centres de rétention pour des individus fichés S, y compris lorsqu'ils n'ont jamais été condamnés. Une idée qu'a aussi formulée Nicolas Sarkozy qui souhaite que "ceux qui sont partis faire le jihad ou ont essayé de s'y rendre" doivent aller en prison.

Les individus fichés "les plus dangereux" devraient quant à eux être placés en centres de rétention. "La droite a tort sur ce plan-là, il faut faire des choses réalisables", estime Christophe Barbier dans les Grandes Gueules. Pour le patron de l'Express, l'idée d'un "Guantanamo à la française" n'est "pas un gilet pare-balles parfait".

"Vous ne couvrez pas tout le monde, le chauffeur de Nice par exemple, vous ne l'auriez pas arrêté", rappelle-t-il. Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l'auteur de l'attentat de Nice n'avait en effet jamais été fiché pour son radicalisme religieux. Pour ceux qui seraient fichés, leur enfermement pose question quant aux moyens, estime ensuite Christophe Barbier.

"Il y a plus de 65.000 personnes dans les prisons, elles débordent. On va les mettre où? Vous le faites où votre Guantanamo? Dans les lycées vides? Dans les casernes vides?", s'interroge l'éditorialiste.

"Vous imaginez l'image de la France?"

L'enfermement d'individus sur des simples suspicions poserait aussi problème en termes d'images selon lui.

"Si vous faites un Guantanamo à la française, il sera prêt dans six mois s'il est correct. Et si vous faites des camps avec des barbelés ça ressemblera furieusement à ce que les Serbes ont fait au moment de la Bosnie ou des exemples historiques pires. Vous imaginez les reportages de CNN où on verra des pauvres gars qui n'ont rien fait mais qui sont fichés derrière des barbelés? Vous imaginez l'image de la France?", poursuit-il.

Il s'agirait également d'un dangereux engrenage dans lequel les autorités françaises auraient tort de s'engouffrer.

"Guantanamo, Barack Obama a dit il y a huit ans, je vais le fermer. Il ne l'a pas fermé. Quand vous mettez le petit doigt là-dedans, vous n'en sortez plus. Quand est-ce que vous les sortez les fichés S? Quand Daesh est vaincu là-bas (en Syrie et en Irak, ndlr)? Vous aurez toujours une raison de dire on les garde", constate-t-il.

"On a coupé les tentacules de notre système de renseignement"

Pour lui, les fiches S servent à surveiller les individus "pas à les arrêter". Il reconnaît sur ce point que les services de renseignements connaissent un problème d'efficacité. Les deux terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray, Abdel Malik Petitjean et Adel Kermiche étaient en effet fichés S. Ce dernier avait d'ailleurs annoncé ses intentions de passer à l'acte dans des conversations Telegram, que L'Express a pu consulter. Des conversations partagées à un cercle de 200 personnes.

"Non seulement aucun n'a dit, là il déconne il faut l'arrêter mais il n'y avait aucun agent de police, aucun agent des renseignements pour tendre l'oreille au café du coin et faire un rapport. On a coupé les tentacules de notre ancien système de renseignement", constate le directeur de la rédaction de l'hebdomadaire.

Un système de renseignements généraux supprimé par Nicolas Sarkozy à cause de ses dérives. Pour Christophe Barbier néanmoins, s'il n'était pas "glorieux" il avait pour mérite d'être "efficace".

C. B avec les Grandes Gueules