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Valls a beau dire qu'il est un héritier de Rocard, il lui manque le dialogue

Michel Rocard est mort samedi à l'âge de 85 ans.

Michel Rocard est mort samedi à l'âge de 85 ans. - Miguel Medina - AFP

Homme "d'honneur", dirigeant "honnête", les Grandes Gueules ont salué lundi l'action politique de Michel Rocard, mort samedi à l'âge de 85 ans et déploré qu'il n'inspire pas davantage le gouvernement actuel.

Michel Rocard n'a gouverné que trois ans, mais a laissé sa marque dans l'histoire politique contemporaine. Pour la Grande Gueule Jacques Maillot qui se souvient d'avoir voté pour lui à l'élection présidentielle de 1969, Michel Rocard incarne d'abord "l'honneur" grâce à "une attitude exemplaire pendant la guerre d'Algérie". Michel Rocard, partisan de l'indépendance de l'Algérie s'était opposé à la politique du gouvernement socialiste de Guy Mollet.

"Le désaccord fondamental avec Mitterrand date de là. Il a démissionné de la SFIO à cause de la politique de déshonneur menée par la SFIO", souligne Jacques Maillot. A la différence de François Mitterrand, Michel Rocard a selon la Grande Gueule toujours eu "des positions très claires", notamment sur la torture en Algérie. 

Pendant toute sa carrière politique, Michel Rocard s'est souvent montré critique vis-à-vis de son propre camp, n'hésitant pas à dépasser les clivages politiques. Populaire, il n'a pourtant jamais accédé à l'élection présidentielle avec le parti socialiste (en 1969 il avait été candidat sous l'étiquette du PSU). 

"Rocard, un réformiste audacieux"

Pour Pascal Perri, Michel Rocard est le président qui a manqué à la France. "Si Rocard avait été élu président de la République en 81 à la place de François Mitterrand, le pays ne serait pas dans l'état où il est. Rocard c'était un peu Schröder, un réformiste plutôt audacieux, à l'inverse des politiques qui fuient devant leurs responsabilités", estime-t-il. Celui qui incarnait "la deuxième gauche" est "le type qui nous a manqué fondamentalement" pour Pascal Perri.

"On aurait pu faire un socialisme intelligent et efficace, on a eu droit à un socialisme qui a produit des déficits et on en paye encore le prix aujourd'hui", poursuit-il. 

Nombre sont les socialistes qui revendiquent aujourd'hui une filiation avec l'ancien Premier ministre. Le premier d'entre eux, Manuel Valls, avait fait ses débuts aux côtés de Michel Rocard. Après sa mort, l'actuel Premier ministre a dit se sentir "orphelin" d'un "père politique". Mais pour Claire O'Petit, "le personnage est complètement différent". Michel Rocard "était beaucoup plus humain, il n'avait pas le menton en avant et il savait respecter les gens. Valls a beau dire qu'il est un héritier de Rocard, il n'a pas tout pris de Rocard. Il lui manque le dialogue", juge-t-elle. 

"Réfléchir au testament de Michel Rocard"

Même constat pour Jacques Maillot qui invite les socialistes à "réfléchir au testament de Michel Rocard" au regard du bras de fer auquel se livre le gouvernement sur la loi Travail depuis plus de trois mois.

"Lorsque Manuel Valls se réclame du rocardisme, sa pratique n'a rien à voir avec la pratique de Michel Rocard qui a toujours privilégié l'accord, le contrat, la négociation." 

Dans sa dernière interview, Michel Rocard fustigeait la gauche française, "la plus rétrograde d'Europe". Alors que François Hollande entame sa dernière année de mandat, la famille socialiste n'a jamais été autant divisée pour Jacques Maillot. "Le seul rassemblement où il va y avoir toute la gauche rassemblée, c'est la cérémonie aux Invalides pour Michel Rocard."

Carole Blanchard avec les Grandes Gueules