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Vers une interdiction de filmer des policiers? "Il est important que nous puissions rendre compte de ce qu’il se passe sur la voie publique", affirme Laurent Bortolussi

Ce mardi, une proposition de loi sur la "sécurité globale" sera notamment examinée à l'Assemblée nationale. Celle-ci veut rendre illégale la diffusion d'images de forces de l'ordre sous peine de 45.000 euros d'amende et d'un an de prison.

Va-t-on encore pouvoir filmer des membres des forces de l’ordre lors des manifestations? L’Assemblée nationale devra discuter de cette idée lors de son examen de la proposition de loi sur la “sécurité globale" qui débute ce mardi. En effet, ce texte pourrait interdire la diffusion dans certaines circonstances, d'images permettant d'identifier les forces de l'ordre. 

Une interdiction qui, selon les policiers, vise à les protéger. Pourtant, le débat s’élève sur cette question alors que des syndicats de journalistes, mais aussi plusieurs ONG de défense des droits de l’homme, dénoncent que cette loi pourrait rendre impossible le fait de filmer les forces de l’ordre en action. 

Alors flouter les visages des policiers lors des manifestations par exemple durant lesquelles ils doivent intervenir serait-il une solution ? Pour Laurent Bortolussi, rédacteur en chef de l’agence Line Press, c’est “un faux problème”. 

“Je crois que c’est un faux problème. Ça fait bien longtemps que les policiers, au moins ceux qui interviennent lors des manifestations, donc les CRS, les gendarmes mobiles, les compagnies d’intervention, ça fait bien longtemps que ces policiers ne sont plus identifiables. Ils ne sont pas tous masqués, mais la majorité le fond. Ce n’est pas important de filmer leur visage, mais ce qui l’est, c’est que nous journalistes, nous puissions rendre compte de ce qu’il se passe sur la voie publique”, indique-t-il. 

Flouter l'image, un non-sens ?

Il estime que la proposition de loi est pour le moment trop sujette à l’interprétation. 

“Dans cette proposition de loi, il y a cet article 24 qui est volontairement flou et qui permet à tout procureur de la République de pouvoir entrer dans un champ de poursuites immédiat contre la personne qu’il considère avoir enfreint l’esprit de cette loi. Lorsque l’on filme des manifestations et que vous avez un plan général d’émeutes, si vous floutez près de 90% de l’image ça n’a plus de sens”, explique-t-il. 

Le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme de l’ONU a fait part de ses “sérieuses préoccupations” au sujet de ce texte.

Guillaume Descours