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"Vous n'êtes pas le porte-parole de l'Armée!": sur RMC, échange tendu entre l'un des signataires de la tribune polémique et un général

DOCUMENT RMC - À l'origine d'une lettre ouverte de militaires déplorant la situation sécuritaire en France, l'ancien capitaine Jean-Pierre Fabre-Bernadac était face au général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU.

Le débat était pour le moins tendu. Leur influence réelle est difficile à évaluer, mais leur texte fait son petit effet. Des centaines de militaires dont 25 généraux à la retraite se sont invités dans le débat politique français, au mépris de leur devoir de réserve.

"L'heure est grave, la France est en péril", assurent-ils sans détour, décrivant le "délitement" du pays dans une tribune publiée sur le site "place d'Armes".

"Nous sommes disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation", ajoutent-ils. "Si rien n'est entrepris, le laxisme continuera à se répandre (...), provoquant au final une explosion et l'intervention de nos camarades d'active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles (...)", promettent-ils dans ce texte mis en ligne mercredi, 60 ans après le putsch des généraux d'Alger (et 19 ans après la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour de la présidentielle de 2002).

Sur RMC, Apolline de Malherbe a invité au débat Jean-Pierre Fabre-Bernadac, ancien officier et premier signataire de la tribune, face au général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU et spécialiste des questions militaires.

Dans un échange à distance, l'ambiance était cordiale mais tendue entre les deux militaires. Ainsi, Jean-Pierre Fabre-Bernadac défend les signataires: "Il faudrait plus de force et moins de "en même temps", il y a de l'insécurité constante dont on ne parle pas assez dans les médias. Je sens monter un ras-le bol qui va arriver à un déchirement. Je ne veux pas de guerre civile, mais les gens fatiguent d'une situation dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. Je défends les racines de mon pays, je ne crache pas dessus" soufflant également qu'il "n'attaque pas les banlieues". 

Le général Dominique Trinquand lui réplique alors: "Je n'accepte pas l'instrumentalisation de cette tribune. Ce sont des retraités qui ont tout à fait le droit de s'exprimer, mais cela sème la confusion à travers des idées politiques affirmées. Il faut faire quelque chose, mais on ne peut pas dire que rien n'est fait, et pas un coup d'État", avant de lancer à son interlocuteur: "Certains anciens militaires se prennent pour les porte-paroles de l'Armée. Vous n'êtes pas le porte-parole de l'Armée!" 

Qui sont les signataires?

Le statut des signataires restait flou mardi. Sont-ils tous à la retraite ? Certains ont-ils été placés sur la liste à leur insu ? Combien de temps sont-ils restés sous l'uniforme ? Le ministère des Armées a indiqué mardi que des vérifications étaient en cours. Mais en attendant, la ministre Florence Parly a "demandé au chef d'état major d'appliquer les règles prévues dans le statut des militaires, c'est-à-dire des sanctions", a-t-elle déclaré.

Mais l'affaire secoue l'échiquier politique, à un an de l'élection présidentielle. Tous les partis ont réagi, depuis le soutien volubile de Marine Le Pen jusqu'aux protestations de Jean-Luc Mélenchon, réclamant des sanctions. 

Cette apparition d'officiers dans le débat politique n'est pas tout à fait anodine. Ce n'est pas la première fois que des officiers s'immiscent dans le débat public. Lors de la présidentielle de 2017, le général Didier Tauzin avait tenté de se présenter, évoquant déjà "la perspective d'une guerre civile". Quant au général Pierre de Villiers, chef d'état-major jusqu'à sa démission en fanfare en 2017, il a depuis publié trois livres dont le dernier, fin 2020, a été interprété comme un programme politique en bonne et due forme.

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Xavier Allain avec AFP