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Attentats de Paris: un an après Charlie, l'unité nationale fissurée

S'il a été applaudi par les parlementaires réunis en congrès à Versailles lundi, le président François Hollande a été critiqué dans les couloirs après son discours. Ses mesures pour lutter contre le terrorisme sont vues comme insuffisantes ou trop tardives. Florilège…

L'unité nationale ? Quelle unité nationale ? Nicolas Sarkozy avait donné le la, dès dimanche soir : il n'y aurait d'unité nationale après les attentats de Paris que si François Hollande se montrait ouvert aux propositions de ses adversaires politiques. Et malgré des mesures empruntées à la droite, le chef de l’État n'a visiblement pas convaincu lors de son discours devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles. Si les 925 parlementaires réunis ont (quasiment) tous applaudi le président, dès la sortie de l'hémicycle, l'unité s'était envolée. Certes, pas le lyrisme d'un Jean-Marc Ayrault, l'ancien Premier ministre se réjouissant d'un "beau discours de grand président de la République avec à la fois l'émotion, mais aussi la force et l'engagement concret". Non, c'est la retenue de l'opposition qui a disparu.

"On a perdu presque un an"

Ainsi d'Éric Ciotti, le monsieur sécurité des Républicains, qui juge que "les réponses (du président) auraient dû être adoptées dès le mois de janvier, après les attentats contre Charlie Hebdo. Pourquoi a-t-on perdu presque un an ? Je regrette et je vois quelque part dans ces propos un aveu d'échec sut tout ce qui n'a pas été fait depuis un an".

Une critique aussitôt partagée par le Front National, et son sénateur Stéphane Ravier. "C'était un discours musclé, certes, mais derrière les déclarations c'est plutôt opérette et mesurettes. C'est ce qu'il avait déjà employé après les attentats de janvier, et on avait rien vu venir. Donc chat échaudé craignant l'eau froide, nous attendons du concret".

"Accorder les pleins pouvoirs au président, c'est dangereux"

Trop mou pour les uns, trop dur pour les autres. Le député EELV Noël Mamère, s'inquiète, lui, de l'élargissement des pouvoirs du président de la République. "Il y a un certain nombres de dispositions qui nous font craindre une priorité donnée aux questions sécuritaires. Surtout sa proposition de révision constitutionnelle pour y intégrer d'une certaine manière l'article 16, qui accorde les pleins pouvoirs au président de la République. Inscrire dans la constitution de telles dispositions me semble assez dangereux". Noël Mamère qui a déjà prévenu : pas question pour lui de voter mercredi pour la prolongation de l'état d'urgence.

"Rupture de nos engagements européens"

Charles de Courson, député UDI de la Marne, s'est lui étranglé en entendant François Hollande annoncé "un surcroît de dépenses assumé". "Le président a annoncé 5.000 emplois supplémentaires dans la police et la gendarmerie, 2.500 à la justice et la fin de la diminutions des effectifs des armées. C'est tout à fait possible, mais c'est la rupture de nos engagements européens ! On ne peut pas continuer comme ça". Sa solution : "Il faut financer ces emplois par redéploiement. C’est-à-dire que d'autres missions de l’État moins prioritaires que celle-là doivent être réduites". Réduites, comme l'unité nationale visiblement.

Philippe Gril avec Jean-Baptiste Durand