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Confession d'un fraudeur repenti: "Éviter les contrôleurs était devenu un jeu"

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La présidente LR d'Ile-de-France, Valérie Pécresse, lance ce mardi une vaste campagne contre la fraude dans les transports en commun mettant l'accent sur la répression. RMC.fr a recueilli les confessions d'un fraudeur repenti.

Johnxon, 28 ans, vit en grande banlieue parisienne et travaille à Paris. Il emprunte quotidiennement le RER A et le métro. Pendant plusieurs années, il ne payait pas les transports. Il raconte son quotidien de fraudeur, lui qui s'est depuis mis en règle.

"Pendant cinq ans et jusqu'à récemment, je fraudais quasiment tous les jours pour aller au travail, ou pour mes sorties. Je trouvais le prix du pass Navigo excessif, donc j'ai décidé de frauder. Pour les zones 1 à 4, ça dépassait les 100 euros par mois, ça fait beaucoup pour un jeune qui entre sur le marché du travail et qui n'a pas beaucoup de moyens. Même si c'est remboursé à moitié par l'employeur, il faut avancer l'argent et attendre la fin du mois pour être remboursé. 

Et puis on paie très cher pour un service qui n'est pas de bonne qualité. Frauder c'est aussi une façon de montrer son mécontentement vis-à-vis du service.

Même si chacun se met à payer, ce n'est pas pour autant que le service va s'améliorer. La preuve, ils ont fait des travaux tout l'été sur le RER A que j'emprunte, et le service ne s'est pas amélioré pour autant.

"A force on sait où se postent les contrôleurs"

Au début, j'avais peur des contrôles, mais après on s'y habitue. Au final, ça ne me faisait plus rien. Le seul moment où j'étais un peu angoissé, c'était pour sortir du métro puisque les sorties ne sont pas nombreuses. A force, on connaît les endroits où se postent les contrôleurs. A Châtelet ils sont un peu partout, en direction des métros ou dans le Forum des Halles. Il y en a régulièrement dans les principales gares parisiennes. Ils sont aussi très présents dans le RER en début de mois, pour vérifier que les gens sont bien à jour de leur pass Navigo. A force j'ai trouvé des chemins pour éviter les contrôleurs. J'ai repéré des endroits où l'on pouvait sortir sans ticket de transports. C'était presque devenu un jeu.

Vu que j'ai fraudé pendant plusieurs années, j'ai vu le montant des amendes augmenter: il y a cinq ans, on payait 30 euros quand on réglait immédiatement, puis c'est passé à 50 euros. Si on ne payait pas tout de suite l'amende, il y a quatre ans, c'était une soixantaine d'euros et maintenant c'est 70. Le montant des amendes ne m'a jamais dissuadé, puisqu'au final c'est plus rentable de frauder, surtout quand on connaît les endroits où sont cachés les contrôleurs.

"50 euros d'amende, c'est déjà dissuasif"

Qu'est-ce qui peut le plus dissuader? Baisser le prix du pass Navigo, tout simplement. Depuis que le prix du pass a baissé (prix unique de 73 euros par mois quelle que soit la distance parcourue, NDR), je me suis rangé dans la légalité. Quand comme moi on vient de loin, payer cher pour un service de mauvaise qualité, ça incite à la fraude. Au niveau des amendes, je pense qu'on est arrivé à un seuil: 50 euros, c'est déjà dissuasif. En tout cas, depuis quelque temps, je vois moins de fraudeurs autour de moi. Depuis que le prix du pass a baissé, je me suis rangé dans la légalité."

P. G.