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Discriminations à l'emploi: "Le capital érotique donne des chances d'être embauché"

Jean-François Amadieu, sociologue spécialiste des déterminants physiques a présenté chez Jean-Jacques Bourdin son livre La société du paraître. Les beaux, les jeunes et les autres (éd. Odile Jacob), qu'il vient de publier. Il y dénonce les ravages de la tyrannie du paraître et les discriminations qui en découlent.

Mieux vaut être beau, jeune et en bonne santé pour trouver sa place dans la société. Mais souvent, le paraître devient une tyrannie… Le sociologue Jean-François Amadieu, spécialiste des déterminants physiques, dévoile l'impact des préjugés dans le monde du travail dans son livre La société du paraître. Les beaux, les jeunes et les autres (éd. Odile Jacob), qui vient de paraître.

Des préjugés qui touchent avant tout les personnes en surpoids ou obèses, qui concerne 20% des Français et qui rend plus difficile la sortie de la précarité et le retour à l'emploi. "Les ouvriers sont deux fois plus souvent obèses que les cadres. C'est surtout un problème pour les femmes. Pour les hommes c'est un peu moins discriminant à l'embauche", note le sociologue ce jeudi chez Jean-Jacques Bourdin.

"Pour les personnes en surpoids, il y a pleins de préjugés: les personnes sont moins intelligentes, moins dynamiques, moins compétentes, ont une personnalité faible".

"Le poids, premier motif de moqueries"

"Les préjugés sont inconscients, d'autres fois ça l'est moins. Par exemple pour un poste d'hôtesse d'accueil, certains recruteurs vont choisir délibérément celle qui est mince et jeune".

Jean-François Amadieu rappelle, si besoin était, que "le physique n'est pas toujours de la responsabilité des gens". "Certes on peut perdre du poids en mangeant moins et en faisant du sport, mais il y a aussi des raisons indépendantes de la personne, comme des maladies". "La taille et surtout le poids, c'est le premier motif de moqueries et de mises à l'écart dont souffrent les Français, depuis le collège. Il ne faut pas sous-estimer cette souffrance", prévient-il.

"L'impression de recruter la personne la plus compétente"

Mais il n'y a pas que le surpoids qui peut être un handicap à l'embauche. "Ça peut être votre visage qui va plaire plus ou moins et qui change vos chances, au même titre que votre couleur de peau". Mais il y a aussi la façon de s'habiller, ou de se maquiller. "Nous avons fait des études sur les effets du maquillage et d'autres artifices, raconte Jean-François Amadieu. On s'aperçoit que le capital érotique, c'est à dire la capacité de séduction, ça vous donne des chances d'être embauché".

"Pour certains emplois, pourquoi pas", reconnaît le sociologue, qui pointe toutefois un danger à ne s'appuyer qu'à l'aspect des candidats à l'embauche: "Le problème c'est que quand on recrute une comptable ou qu'on cherche tout simplement des gens compétents, ça va fausser le recrutement et c'est un problème. On ne recrutera pas la personne la plus compétente mais on aura l'impression d'avoir recruté la personne la plus compétente".

P. G. avec JJ. Bourdin