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Carburants: pourquoi le chiffre des stations-service en pénurie est très éloigné de la réalité

Le ministère de la Transition écologique donne chaque jour un chiffre sur le nombre de stations-service en difficulté pour distribuer du carburant. Un chiffre qui semble pourtant erroné, car il dépend uniquement du sérieux des stations-service à transmettre les informations sur les disponibilités en carburant.

C’est le chiffre que les automobilistes surveillent comme le lait sur le feu. Le nombre de stations-service qui rencontrent des difficultés à livrer au moins un type de carburant. Lundi, ce chiffre était de 28,1% au niveau national, selon le ministère de la Transition écologique.

On peut même admirer la précision des chiffres régionaux: 23,4% des stations-service seraient concernées dans les Hauts-de-France, 41,6% en Île-de-France, 42,8% en Centre-Val de Loire, 39,4% en Bourgogne-Franche-Comté et 37,9% en Auvergne-Rhône-Alpes.

Le problème, c’est que ces chiffres ne correspondent pas vraiment au vécu des Français. Aucun Francilien, par exemple, ne croira que six stations sur dix dans la région parisienne délivraient normalement du carburant ces derniers jours et sont approvisionnées normalement. Et ils ont raison, car la réalité, c’est bien que les statistiques officielles sous-estiment largement le nombre de pompes à essence à sec.

Toutes les stations-service ne jouent pas le jeu

Ce qui nous permet de l’affirmer, c’est la méthode de calcul de ces stations en pénurie. Toutes les stations qui distribuent plus de 500 mètres cubes de carburant par an ont l’obligation de déclarer deux fois par jour, avant 8 heures et avant 16 heures, leur disponibilité en carburant et les prix auxquels ces carburants sont vendus. Ça concerne 85% des stations.

Donc tout repose sur le sérieux des stations-service pour transmettre ces informations. Or, toutes les stations-service ne jouent pas le jeu. À Paris, par exemple, ces derniers jours, six stations sur dix n’avaient pas actualisé leurs données. Et puis avec les aléas des livraisons, et la vitesse de circulation de l’information, une station qui ne déclare pas de pénurie à 8 heures peut très bien manquer de carburant assez vite. Donc oui, le nombre de stations à sec est bien sous-estimé.

Emmanuel Lechypre