RMC

Agriculture: "plus de 50%" des exploitations risquent de manquer de carburant, en pleine récolte

C'est l'une des périodes les plus importantes de l'année pour les agriculteurs. Alors qu'ils sont censés récolter les betteraves et semer le blé, ces tâches sont rendues difficiles par le manque de carburant. S'ils ont recours au système D, le temps commence à être long.

Ils sont en train de récolter les légumes et de semer le blé, mais ces tâches sont rendues difficiles ces derniers temps. Les agriculteurs sont touchés de plein fouet par les difficultés d'approvisionnement en carburant. Dans certaines exploitations, faute de ravitaillement, les récoltes sont menacées.

"Entre les betteraves et les récoltes de maïs, ce sont 200 et 300 litres par jour. Je n’aurai plus de stock de carburant d’ici à dimanche prochain", alerte Mathieu, betteraviers et producteur de maïs à Évry-Grégy-sur-Yerre (Seine-et-Marne). Pour lui, l'automne représente 60% de sa consommation annuelle de carburant.

"On va devoir faire le jeu de la chaise musicale"

Sa solution? Mutualiser son carburant pour limiter les dégâts. "On va devoir faire le jeu de la chaise musicale. On se dit qu’il y a que deux tracteurs qui tournent et le reste, on les met en panne. On utilise le réservoir de ces tracteurs-là pour alimenter les deux principaux. On est dans un monde totalement délirant", affirme-t-il. Ce système est en place dans plusieurs exploitations.

"Dans ma ferme, on est à court depuis mardi, donc on fait le système D: on siphonne nos réservoirs des petits tracteurs et moissonneuses pour aller jusqu’au bout. Il y a les semis à faire, il y a les récoltes de betterave, de pommes de terre et en même temps il faut s’occuper de l’élevage. Il n’y a rien de pire que de ne pas avoir de visibilité", explique Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA, cultivateur et éleveur à Roy-Boissy (Oise), sur RMC, ce lundi.

D'après lui, "15 à 20 % des exploitations sont à sec et on risque d'avoir plus de 50% d'entre elles à l'arrêt si cela dure en ce début de semaine. C'est plus que compliqué".

Aucune livraison annoncée

Les conséquences seront lourdes, si cela continue. "Le blé qu’on ne sème pas là, c’est le blé qui rend moins sûr le marché pour les meuniers, pour la baguette et aussi une qualité et un rendement moindre car plus on sème tard, plus le rendement est en deçà", déplore Mathieu, le cultivateur d'Évry-Grégy-sur-Yerre. Luc Smessaert utilise du gaz non-routier (GNR), censé être moins cher.

"On est livré par 2.000 à 3.000 litres à la fois, mais aucune livraison n'est annoncée. La préfecture a pris les choses en main: on note tous les exploitants qui sont à sec mais on a du mal à obtenir des livraisons de carburant", dit-il.

Pour lui, l'urgence est là et ils doivent devenir prioritaires: "Il faut assurer la souveraineté alimentaire et l’alimentation des animaux", or là, "on est à bout du système D".

AB avec Alfred Aurenche