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Monétisation des RTT: les salariés tiraillés entre "travailler moins" ou "gagner plus"?

Après trois semaines de débats, le projet de loi en faveur du pouvoir d'achat a été définitivement adopté au Parlement jeudi 4 août 2022. Parmi les mesure votées, la monétisation des RTT (réduction du temps de travail). Certains syndicats et élus de gauche sont contre, mais qu'en pensent les principaux concernés?

La mesure avait fait débat au Parlement mais a finalement été adoptée le 4 août 2022. Jusqu'à fin 2025, une partie des salariés pourront convertir leurs RTT (réduction du temps de travail) en rémunération supplémentaire, avec l'accord de l'employeur, plutôt que de les poser.

Un coup de pouce bienvenu

Le retour en quelque sorte du "travailler plus pour gagner plus" ? Cette mesure ne déplaît pas à certains, comme Thibault, formateur dans le milieu du transport. Il s'est exprimé sur RMC ce matin. "En tout, j’ai 11 semaines de congés. Alors on se repose trois semaines, on en prend deux pour Noël, une en février, c’est déjà pas mal." Ce travailleur de 31 ans estime avoir un bon salaire, en 1.800 et 2.000 € net par mois, mais subit comme tout le monde les augmentations liées à l'inflation. Alors avec un crédit et la voiture à payer, il pense pouvoir revendre cinq semaines.

"Si ça peut me faire un coup de pouce, un 13e mois comme ça, je n’ai pas besoin aujourd’hui, en démarrant ma vie, de prendre 11 semaines de congés.”

D'autres salariés comme Élise, gestionnaire de copropriété depuis 30 ans, ne posent tout simplement pas ces RTT. "Malheureusement, même si je travaille pour une grosse société, on n’a pas de personnel pour nous remplacer durant nos congés. Donc quand on part en vacances, on a peur de ce qu’on va retrouver en rentrant." Elle a actuellement 17 RTT à prendre et de nombreux jours de congés payés à poser.

"Comment vous voulez que je les prenne?", demande-t-elle.

Cette possibilité de rachat est donc, pour elle, la bienvenue.

"On en a besoin de ces RTT"

En revanche, certains préféreraient des augmentations de salaire, plutôt que du repos en moins. "On en a besoin de ces RTT, ils ont été faits pour embaucher du monde et ils ne l'ont pas fait, donc on a deux fois plus de travail. Au bout du compte on est explosés. Moi j’en ai six et je ne vais pas les monétiser", déclare Marie, vendeuse dans le surgelé.

Les syndicats de gauche aussi sont vent debout devant cette mesure car ces journées seront payées avec une majoration de salaire d’environ 10%. "Pour le salarié lambda, une heure supplémentaire est rémunérée 25% de plus. Entre le rachat de RTT qui aurait du être payé à 25% si vous aviez fait les heures et un rachat avec juste 10% de complément, il y a un manque à gagner pour les salariés", proteste Michel Beaugas, secrétaire confédérale du syndicat Force Ouvrière.

La fin des 35 h ?

Beaucoup d'élus de gauche ont dénoncé la fin des 35h avec cette nouvelle mesure. C'est faux, selon Bertrand Martinot, économiste à l’Institut Montaigne. "Les 35h ont déjà été énormément assouplis, beaucoup de salariés pouvaient déjà monétiser leurs RTT, ceux qui étaient au forfait jour."

"Là on l’étend à de nouvelles catégories de salariés avec en prime une très grosse défiscalisation et une suppression de charges sociales sur ces rémunérations”, ajoute l'économiste.

Plusieurs secteurs ne sont pas concernés par cette monétisation des RTT, comme l'hôtellerie-restauration ou l'aide à la personne.

Alexandra Sirgant (édité par Astrid Bergere)