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Pourquoi le traditionnel Disney de Noël ne sortira pas au cinéma en France

Le géant américain du cinéma Disney a annoncé ce mercredi que son film de Noël ne serait pas visible dans les salles de cinéma françaises. Une manière pour l'entreprise de contester la chronologie des médias, une spécificité française.

Disney a décidé de ne pas sortir en salle son prochain film d’animation. Le géant américain du cinéma conteste les règles françaises qui régissent la sortie des films. Disney avait brandi la menace en janvier dernier. “Si on ne change pas les règles du jeu en France, nous ne sortirons plus nos films en salle. Ils seront directement disponibles pour les abonnés sur la plateforme Disney+”, avaient-ils dénoncé.

Et cette menace vient d'être mise à exécution. La présidente de Disney pour la France a annoncé ce mercredi que le prochain grand film d’animation ne sera pas visible en salle en France. Et en France uniquement.

Ce dessin animé devait sortir à Noël. Il s’appelle “Strange World” en anglais, en français “Avalonia, l'étrange voyage”. Pour les exploitants de salles, c’est une catastrophe. Le traditionnel Disney de Noël attire généralement entre 3 et 5 millions de spectateurs. C’est surtout un moment de fête qui attire les familles, les enfants, les parents et les grands-parents, ensemble dans les cinémas.

“On est sonné”, a réagi le président de la fédération nationale des cinémas français Richard Patry. Dans Le Parisien, il reproche à Disney d’avoir sorti l’arme atomique. Ce que Disney n'accepte pas, c’est ce que l’on appelle la “chronologie des médias". Un système unique destiné à protéger le cinéma français. C’est le calendrier qui prévoit dans quel ordre et dans quel délai les films sont exploités.

D’abord la sortie en salle, puis en VOD, puis sur Canal+, puis sur les plateformes, puis sur les chaînes gratuites. En janvier dernier, les différents acteurs sont tombés d’accord pour un calendrier qui prévoit que les plateformes comme Disney+ ou Amazon Prime puissent disposer des films 17 mois après leur sortie en salle. Ce qui était un progrès puisqu’auparavant, elles devaient attendre trois ans. Mais Disney n’est pas satisfait. Le géant américain ne comprend pas ce système français qui l'empêche d’exploiter ses propres films. Et qui ne lui donne que quelques mois d’exclusivité puisque les chaînes gratuites disposent des films seulement cinq mois après les plateformes. Partout ailleurs, en Europe, Netflix, Disney ou Amazon ont le droit d’exploiter les films un mois et demi seulement après leur sortie en salle.

Grosse inquiétude des exploitants de salles

Le système français s’est construit dans les années 1980 autour de Canal+. Une chaîne payante qui dispose des films avant tout le monde mais qui, en échange, finance les productions françaises. Canal+ doit distribuer 200 millions d'euros par an pendant trois ans. Sans cet argent, il n’y a plus de cinéma français.

Régulièrement, tous les acteurs de la filière se rencontrent pour renégocier la chronologie des médias. Ce sont des négociations de marchand de tapis qui durent des mois et qui sont censés ménager les intérêts de tous. Disney a refusé de signer le dernier accord. Mais il est tout de même obligé de l’appliquer, sauf s’il renonce à la sortie dans les salles et s’il n’est disponible que sur Disney+. À ce moment-là, il n’est plus du tout concerné par la chronologie des médias.

C’est le choix que fait donc Disney pour son dessin animé de Noël et pour l’instant uniquement pour ce film. “Buzz l'éclair” la prochaine grosse production Disney, doit bien sortir en salle dans 15 jours. Et pour les deux autres prochains grands films, “Black Panther” et “Avatar”, on ne sait pas encore quel choix sera fait. Tout cela est suivi avec la plus grande inquiétude par les exploitants de salle.

D’autant que ce bras de fer survient en pleine crise de fréquentation des salles. Le cinéma est l’un des seuls secteurs qui ne s’est pas encore remis de la crise du Covid. Les Français ont retrouvé le chemin des restaurants, des hôtels, des campings, et même des théâtres, mais ils n’ont pas repris l'habitude de se faire un ciné.

Plusieurs explications possibles. Pendant les confinements, ils ont pris goût aux séries et aux films à la maison, ou bien le coût des billets, jugés trop chers. Depuis le début de l’année, la baisse de fréquentation est de près de 40% par rapport à 2019, avant le Covid. C’est considérable.

Nicolas Poincaré