RMC

Précarité, incivilités,… vis ma vie de caissier en pleine inflation

En pleine inflation, ils sont en première ligne de toutes les problématiques de la société. Les caissières et les caissiers vivent des mois compliqués. Avec leurs petits salaires, ils ont du mal à joindre les deux bouts. Face à eux, des clients qui voient le prix de leur chariot de courses exploser. Certains, jusqu'à violenter leur hôte de caisse. Immersion chez ceux qui vivent l'inflation en première ligne.

Le passage à la caisse fait peur, et pas besoin d'interroger des milliers de clients pour s'en rendre compte. Avec une augmentation de 12% en un an, pour les prix de l'alimentaire, la situation dans les supermarchés devient tendue. En tête des produits dont le prix a le plus augmenté: les viandes surgelées avec un record d'inflation de plus de 30% (+31,8%). Les augmentations des prix des viandes hachées et des pâtes alimentaires se situent entre +23 et +28%.

En première ligne face à ces augmentations: les caissiers et les caissières, qui remarquent un changement de comportement. "Le client qui, en arrivant, à la ligne de caisse annule presque la moitié de son caddie parce que c'est trop cher, ça arrive de plus en plus. 'Déjà 50 euros, déjà 60 euros, enlevez ça, ça et ça…'" décrit Soha, caissière dans un supermarché du groupe Carrefour.

"Même pour un centime, les clients regardent. Il y a même des gens qui restent devant la caisse pour regarder si on ne leur a pas compté un article de trop", constate de son côté sa collègue Claire, 69 ans.

Avec les prix qui grimpent, les clients changent leurs habitudes de consommation. Céline Arnaud, caissière à Carrefour et déléguée nationale adjointe CGT, invitée de la Matinale week-end de RMC, a remarqué qu'"il n'y a quasiment plus de viande dans les caddies." "Certains retraités qui viennent avec 20 euros en poche et doivent choisir en caisse entre les biscottes et le pain de mie… C'est juste horrible !" raconte-t-elle.

Plus d'incivilités, plus de vols

Avec la tension du passage en caisse, certains clients dépassent les bornes jusqu'à en venir aux mains avec les hôtesses de caisses. "Ils nous frappent, ils nous insultent" déplore Claire. "Si par malheur, ça ne correspond pas, ils nous font un esclandre et il y a même une pauvre caissière qui s'est payé une paire de claques. Une autre fois, le client a sorti un couteau en lui criant 'vous me volez'".

"C'est ce qu'on vit tous les jours. Les gens ne comprennent pas pourquoi la note est trop chère. Il y a beaucoup de colère et de haine", explique Céline Arnaud qui voit aussi des économies faites sur les personnels de sécurité et un sentiment d'insécurité pour les caissières qui se retrouvent "seules face aux clients qui peuvent être d'une violence extrême".

"Depuis la crise du Covid, les gens ont pété les plombs et se croient tout permis", raconte Thierry, patron d'un magasin Carrefour City. "Ça devient compliqué à gérer."

Claire remarque aussi plus de larcins et raconte qu'une retraitée a essayé de voler "deux steaks de 150g". "Ce n'est rien, elle a très peu de retraite, on le déplore mais on ne peut pas le laisser passer", explique-t-elle.

De la précarité des métiers de la grande distribution

Ces caissières le déplorent, mais elles aussi peinent à remplir leur frigo: "la vie est tellement chère", constate Claire qui voit son plein de courses pour la semaine prendre 30 euros depuis le début de la crise: "Je faisais des courses pour 20 euros la semaine, maintenant c'est 50 euros." À 69 ans, elle va bientôt partir en retraite, même si "j'ai continué parce que sans travailler, je ne m'en sors pas."

"On a des salaires qui sont au SMIC", déplore Céline Arnaud : "On vit la même chose que nos clients !"

En effet, la caissière de Carrefour explique que les trois premiers niveaux de la grille salariale du géant de la grande distribution française sont au SMIC: "Une fois qu'on a payé nos factures, il ne nous reste quasiment plus rien pour manger." Pour elle, "les Français moyens d'hier sont dans la précarité aujourd'hui, ceux qui étaient dans la précarité sont dans l'extrême précarité."

Thierry, le patron d'un Carrefour City, est tout autant concerné: "je gagne 2.000 euros net pour 60 heures par semaine, sept jours sur sept depuis le mois d'août", pour un magasin qui fait 3 millions de chiffre d'affaire pour un bénéfice total de… 63 euros. "Les gens se trompent" déplore celui qui dit ne pas pouvoir augmenter ses salariés.

Céline Arnaud dénonce de son côté les "charges incroyables (sur les patrons de supérettes), les bénéfices incroyables de Carrefour avec 380 millions de dividendes aux actionnaires et les 20.000 euros par jour d'Alexandre Bompard (le patron de Carrefour, ndlr). Avec autant de chiffre d'affaire, ne gagner que 2.000 euros par mois, c'est qu'il y a un vrai problème."

"Le riche s'enrichit toujours plus et laisse mourir le pauvre", conclut-elle.

Globalement, toutes les personnes rencontrées espéraient plus de reconnaissance, du grand public et de leur employeur, après leur investissement pendant la crise du Covid-19.

Maxime Martinez et Maryline Ottmann